Le blog d’info d’Hervé Segata

GAY… URUGUAY ! (publié dans PREF Mag n°38, Mai 2010)
10 avril, 2010, 8:22
Classé dans : Montevideo,PREF,Punta del Este,Uruguay

Vous hésitez entre les plages du Brésil et les Andes Argentines ? Choisissez… l’Uruguay ! Coincé entre le géant de la Samba et la Pampa des gauchos argentins, l’Uruguay est un petit paradis naturel, vert et bleu. Préparez-vous à connaitre l’un des peuples les plus enchanteurs d’Amérique du Sud. Les uruguayens sont beaux, chaleureux et… authentiques. Ca vous changera des gym queens pimbêches de la capitale ! Petit périple en cinq étapes dans ce tout petit pays méconnu mais bourré de charme. 

PUNTA DEL ESTE. Durant l’été austral, c’est THE place to be en Amérique du sud. A l’origine lieu privilégié de la jeunesse dorée Argentine (les plages de Punta del Este sont à 3 heures de bateau de Buenos Aires), Punta del Este est à peu à peu devenue la station d’été hédoniste de toute l’Amérique du Sud aisée.  Un Saint-Tropez latino en quelque sorte. Mais au delà des yachts tape à l’ oeil, des boutiques de luxe et des boites branchées, Punta del Este, ce sont des kilomètres de magnifique plage déserte… dont la fameuse Chihuahua !

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Chihuahua, ce n’est pas seulement le nom d’un chien ou d’une chanson ridicule. A Punta, c’est le point de rencontre gay le plus populaire. Située à un petit quart d’heure en voiture du centre-ville, Chihuahua est la seule plage naturiste d’Uruguay. Du coup, tout le monde s’en donne a cœur joie. Début janvier, la plage explose. A cette époque, les dunes deviennent un bordel à ciel ouvert. Alors que les touristes argentins et brésiliens font les stars, vous pourrez tenter d’entrer en contact avec la population locale, beaucoup plus accessible et franchement sexy. Le reste de l’été, la plage est beaucoup plus paisible mais reste un lieu de drague agréable. 

Badigeonnés de protection solaire, facteur 50 (nous sommes dans l’hémisphère sud, n’oubliez pas, dans cette partie du globe, la couche d’ozone est tendue comme un string), mes deux compagnons de voyage argentins, Carlitos et Fernando, partent s’aventurer dans les dunes derrière la plage. Moi, je préfère bouquiner  sur ma serviette et écouter le son des vagues. Il est tôt et je suis bien décidé à ne pas laisser ma libido m’imposer son rythme dés le matin. Mes amis reviennent ravis de leur petite excursion coquine. Chacun y a trouvé son bonheur (le mot est sans doute un peu fort). On passe l’après-midi au soleil, couché sur le sable comme trois éléphants de mer en décomposition. De temps à autre, on pique une tête dans l’eau claire, histoire de se rafraichir un peu. C’est la première fois que je fais du naturisme et je me dis que j’ai été idiot d’attendre 35 ans pour m’y mettre. N’étant pas hollandais et n’ayant pas de longues moustaches blondes, j’ai longtemps pensé que c’était un plaisir auquel je ne pouvais prétendre. 

Outre ses dunes « chaudes », l’endroit est réputé pour ses couchers de soleil, tout simplement prodigieux. Vous pourrez l’admirer les pieds dans le sable sur la plage ou bien un peu plus en hauteur, depuis Punta Ballena, un point de vue imprenable qui abrite l’hôtel Casa Pueblo, une espèce de grosse meringue très tendance.  Le soir, direction la boite gay de Punta : Kronos. Situé a proximité du port, l’endroit a des allures de club de province, surtout en basse saison. En été, les gays de Montevideo débarquent tous les week-ends a la recherche de beaux touristes (vous !) qui emplissent le lieu. L’ambiance est bon enfant et conviviale, vous n’aurez aucun mal à concrétiser avec le beau brun que vous aviez aperçu l’après-midi sur Chihuahua. Attention, tout comme en Argentine, les nuits uruguayennes commencent tard, évitez donc de vous pointer avant deux heures de mat ! JOSÉ IGNACIO. Si l’agitation de Punta del Este vous donne le tournis, filez à José Ignacio, la zone la plus exclusive du coin. A quarante minutes de route de Punta, le village, en plein boom immobilier, aligne des maisons cossues et modernes. Ici, les prix sont européens. La plage commence là ou se terminent les prairies. Tous les étés, c’est le rendez-vous de la jet-set latino. Naomi Campbell est régulièrement de passage dans le coin. Shakira y possède une estancia, tout comme la star de la télé argentine Susana Jimenez. 

PIRIAPOLIS. A une demi-heure de « Punta », cette petite ville côtière a été fondée par un seul homme, Fransisco Piria, entrepreneur uruguayen qui de retour d’Europe décida de copier ce qu’il avait vu sur le vieux continent pour développer le tourisme sur les côtes de son pays. Résultat, Piriapolis a le charme désuet de la Cote d’Azur française du début du siècle dernier. Parmi les bâtiments au style « Belle Époque », l’incontournable « Hotel Argentino ». Allez-y faire un tour, vous aurez l’impression de faire un bond dans le temps. Vous y croiserez des mamies souriantes, en bonnet de bain à fleur, qui font trempette dans des piscines d’eau de mer à différentes températures. Pour les cinéphiles, c’est dans cet hôtel qu’a été tourné le film « Whisky » (2004) petit joyau du cinéma uruguayen.

 

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CABO POLONIO. Magique. L’endroit est magique. A trois heures de route de Punta del Este, ce petit village de pêcheurs est totalement préservé. Ici, pas de camping, pas de béton, pas d’auto, pas d’internet. Seulement quelques baraques de pêcheurs posées sur le sable. On accède à cette réserve naturelle sur d’énormes jeeps qui coupent à travers dunes. Il n’y a pas d’électricité, la seule lumière visible est celle du phare qui balaye l’horizon le soir venu. Et celles des bougies que vous vous procurerez dans l’unique épicerie du village. Le ciel étoilé est un spectacle qui à lui seul vaut le détour. Le petit cap est bordé par deux plages. Sur la plage nord, vous assistez au lever du soleil, depuis la plage sud, au coucher. La plage sud est aussi le spot des surfeurs du coin. Carlitos et moi y passons donc logiquement tous nos après-midi. Outre ses surfeurs aux abdos d’acier, Cabo Polonio est également connu pour ses plages désertes et sa faune sauvage, éléphants de mer en tête. L’endroit est idéal pour s’isoler du reste du monde et passer  quelques jours en amoureux. Je reviendrai donc ici quand j’aurai (enfin) trouvé un mari digne de ce nom. MONTEVIDEO. Carlitos, enchanté par le calme de Cabo Polonio décide d’y rester deux jours de plus. Je choisis de poursuivre ma route vers Montevideo, dernière étape de ma petite escapade uruguayenne. C’est le week-end. Une petite sortie dans le milieu gay de la capitale me fera du bien après douze jours d’abstinence plus ou moins volontaire. 

Montevideo est sans doute la capitale la plus paisible d’Amérique du Sud. Le temps semble couler plus lentement ici. Les gens sont charmants et se baladent en plein centre-ville avec leur thermos d’eau chaude sous le bras et leur « maté » (1) dans la main.

 

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Tout comme sa grande sœur Buenos Aires, Montevideo aligne des bâtiments historiques au style français ou espagnol. Parmi les édifices les plus réussis, le théâtre Solis, principal théâtre d’Uruguay, construit en 1856. Si vous le pouvez, assistez à un opéra ou un ballet, la salle principale du théâtre est prodigieuse.   

Grande différence avec la capitale argentine, Montevideo est ouverte sur le Río de la Plata (fleuve-mer qui sépare l’Argentine de l’Uruguay). Alors que Buenos Aires tourne le dos au fleuve, Montevideo l’a complètement intégré dans son plan d’urbanisme. Résultat, plusieurs plages urbaines très chouettes, dont Punta Caretas et Los Pocitos, idéales pour le footing, le volley et…la drague. La promenade côtière est très agréable. Le week-end, tous les habitants de la ville se retrouvent le long du fleuve pour déguster un maté en attendant que le soleil plonge dans le Río. C’est justement en regardant le coucher du soleil que je rencontre Moises, petit brun au sourire lumineux qui m’invite à partager son thermos d’eau chaude. C’est un bon début. J’en profite pour me renseigner sur la vie gay locale. Et j’apprends que l’adoption pour les couples de même sexe est autorisée en Uruguay depuis 2009. Les pays les plus développés ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Samedi soir. Sur les conseils de Moises, je file à Small, le principal pub gay de la ville. La devanture est discrète, la décoration plutôt sommaire et l’endroit est bondée d’une foule mixte détendue et bon enfant. Small est un lieu ou l’on se retrouve avant de sortir.  « C’est l´étape obligée avant d’aller a Cain, la plus grande boite gay du pays » m’explique Sergio, jeune black souriant. Contrairement a l’Argentine ou elle a été entièrement décimée par les guerres et la maladie, la communauté noire représente ici une part significative de la population. Elle maintient la tradition du « Candombe », un rythme ancestral importé par les esclaves africains qui ont débarqué sur les côtes du Río de La Plata. Un rythme encore très présent au moment du Carnaval qui fait vibrer tout le pays en février. 

Une fois mon énorme bouteille de Patricia (bière blonde locale) avalée, je décide de suivre Sergio et ses amis, direction «  Cain Dance Club ». Deux pistes bondées réparties sur deux étages. Une piste électro, une autre surmontée par un écran géant et sur laquelle les mecs se lâchent sur la pop latino du moment. A côté de la piste, un bar lounge pour converser tranquillement, avec un spectacle de travestis, classique mais drôle. Le public est très varié, des gym queens bronzées aux petits machos en baggy en passant par les folles super lookées. Au delà des différences de style, tout le monde a la banane. Je suis ravi de constater que les uruguayens n’ont pas oublié leur convivialité une fois franchie l’entrée de la boite. Parmi la horde de mecs qui sautent sur le dernier tube de Miranda (groupe de pop argentin très en vogue dans le cône sud), j’aperçois Moises, mon guide improvisé de la fin d’après-midi. Les trois gin-tonic aidant, je me dirige sans trembler vers le milieu de la piste. Et je sens s’approcher avec soulagement la fin ma « longue » période d’abstinence sexuelle. Dimanche 13 heures. Je quitte Moises et décide d’aller me perdre dans les rues de la vieille ville, à l’ombre des énormes grues du port. Le quartier est populaire et n’est pas sans rappeler les ports du sud de l’Italie. Petite caractéristique de Montevideo : la proximité du fleuve fait que tous les mecs ont « l’énervante » manie de se balader sans tee-shirt dans les rues de la ville. Je retrouve Carlitos tout juste rentré de Cabo Polonio pour un déjeuner au Mercado del Puerto, un énorme marché couvert qui concentre chiviterias (restaurants de viande grillée typiques) et brasseries de fruits de mer. 

Une fois le chivito digéré, direction Palermo. Un quartier traditionnel où chaque coin de rue abrite un bar ancien, peuplé d’une clientèle d’habitués nostalgiques. Carmen, veuve espagnole et propriétaire du bar Montevideo Sur se rappelle du jour ou elle est arrivée en Uruguay. « J’avais vingt cinq ans. L’homme que j’aimais est venu s’installer en Uruguay. Après cinq de correspondance, j’ai décidé de le rejoindre. Le jour où je suis descendue du bateau, quand je l’ai reconnu, j’étais pétrifiée et je faisais semblant de ne pas le voir. Quelle idiote ! » raconte-t-elle, des larmes dans les yeux. «  Elle a passé quarante de sa vie dans ce bar. Et quand on lui dit qu’on aime l’endroit, elle s’exclame « Il vous plait mon bar, je vous le laisse ! ». On quitte Carmen et poursuit notre promenade dans ce quartier, sans doute le plus authentique de la ville. La nostalgie des lieux nous gagne. Nous montons à regret sur le ferry qui nous ramène vers Buenos Aires et son brouhaha urbain. « On revient bientôt ?». Carlitos, les yeux rivés sur Montevideo qui s’éloigne, acquiesce en silence. 

(1)     : infusion traditionnelle consommée en Argentine, Uruguay, Paraguay et au sud du Brésil. 

Pour plus d’informations sur l’Uruguay :   http://gays.deuruguay.net/ 

http://www.chuecamontevideo.com/ http://www.caindance.com/ 

http://www.puntadelesterent.com.ar/gaypuntadeleste/puntadeleste_gay_friendly.php http://www.portaldelcabo.com.uy/modules/inicio/mainFrame.php 



BUENOS AIRES ET SES GAYS : ENTRE DUR ET TENDRE (publié dans dans PREF Mag Nov. 07)
15 novembre, 2007, 23:54
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,PREF

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  La dernière Gay Pride de Sao Paulo a réuni plus de 2 millions de personnes. A Buenos Aires, traditionnelle rivale culturelle et économique de la mégalopole brésilienne, ils n’étaient que… 10 000  à marcher pour la reconnaissance de leurs droits ! Une fréquentation qui peut surprendre dans une ville de trois millions d’habitants qui revendique ouvertement son statut de nouvelle destination gay à la mode…   

Indéniablement, un touriste gay  du « premier monde » (surnom teinté d’ironie donné ici à l’Europe et à l’Amérique du Nord), passera à Buenos Aires des vacances de rêve : des restos branchés de Palermo aux balades pittoresques dans le quartier historique de San Telmo, sans oublier un taux de change hyper favorable et quelques clubs gays garnis de mecs adorables et abordables. Et pourtant. Ce paradis pour occidental de passage ne l’est pas forcément pour l’homo argentin moyen qui vit sa ville au jour le jour. Au delà des premières impressions, Buenos Aires est encore bien loin d’être aussi ouverte sur les questions gays que Madrid, San Francisco ou que sa voisine Sao Paulo. 

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Sous ses airs de modernité, entretenue par une reprise économique sans précédent, Buenos Aires est une ville où le machisme est encore omniprésent. Un machisme qui a réussi à s’immiscer dans la culture gay locale : les mecs sont hantés par la peur d’être assimilés à une « folle », la risée de tout un peuple. L’apparence et le « qu’en dira-t-on » régissent en permanence les relations sociales. A Buenos Aires, l’homo ne dérange pas s’il est masculin, viril et… discret. A quelques rares exceptions près (dont le notable « Pride Café », café situé au cœur de San Telmo), les lieux de rencontre gays n’ont donc pas pignon sur rue et se dissimulent derrières des façades opaques ou au bas d’escaliers discrets. 

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La capitale argentine entretient une dichotomie tout à fait inédite dans sa relation avec ses homos. Tantôt ville tendre et ouverte pour les touristes gays à fort pouvoir d’achat (dernier exemple en date, l’inauguration dans les prochaines semaines du fameux hôtel de luxe gay « Axel »). Tantôt, dure et froide avec sa communauté locale qui souffre d’une absence quasi-totale de visibilité politique et médiatique. En trois ans, une seule campagne d’affichage publicitaire, très sobre, a osé aborder ouvertement la question du SIDA et de ses répercussions sur la population homosexuelle argentine. 

Portée par une très jeune génération qui a soif de rompre avec la culpabilité traditionnelle de ses grands frères trentenaires, la tendance est néanmoins à l’embellie. Depuis quelques mois, des soirées à tendance punk ou électro ont vu le jour et réunissent chaque semaine des hordes d’étudiants qui se reconnaissent dans les tubes « pop gay » des Miranda (1), ou de l’Uruguayen androgyne Dani Umpi. « Guapo » (2), nouveau magazine gay moderne et accrocheur vient d’inonder les kiosques argentins. Buenos Aires accueille ce mois ci le Mondial de football gay, une grande première pour une capitale sud-américaine, et tout un symbole dans un pays qui vit le foot comme une religion. L’heure est à l’ouverture. Espérons juste que Mauricio Macri, le nouveau maire (très) conservateur de la ville, ne viendra pas entraver la mutation en cours.

  (1)   Groupe de pop argentin qui cartonne dans toute l’Amérique du Sud. 

(2)   Pour plus d’informations, http://www.guapodigital.com.ar 



SUIPACHA. A LA DÉCOUVERTE DE LA PAMPA GAY. (publié dans PREF. Sept.07)
15 septembre, 2007, 10:54
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,PREF

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 « Suipacha, ville sensible » nous annonce le panneau d’entrée au village. Plus qu’un avertissement, un curieux présage sur ce qui nous attend à Suipacha, bourgade plantée en pleine Pampa argentine à une heure et demie du centre de Buenos Aires. Suipacha ou la version sud-américaine du célèbre « Brokeback Mountain ». Car le village devient chaque week-end le point de rencontre des « gauchos » gays de toute la région. 

Sur le bord d’une route déserte, à côté d’une station-service désaffectée, se trouve donc Zona X (prononcer « Zona Equis »), l’un des clubs gays les plus insolites d’Amérique Latine. L’endroit est un « rancho » typique de la Pampa, une sorte de vieille grange aux murs de ciment, coiffée d’un toit de tôle ondulée, où se réunit tous les week-ends une faune des plus ahurissantes : des gauchos en pantalon de cuir traditionnel fraichement descendus de leur chevaux ou de leurs tracteurs, de jeunes homos qui travaillent dans les fabriques agro-alimentaires de la zone, des camionneurs de passage, des travestis au glamour douteux, de jeunes paysans mariés qui ont décidé pour un soir de délaisser bobonne… Et de plus en plus de gays branchés de la capitale argentine et de touristes étrangers (essentiellement européens et nord-américains) à la recherche de sensations fortes et d’authenticité. 

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Tout ce beau monde se retrouve donc dans cette grange obscure, « un lieu ou tout peut arriver », le leitmotiv plus que légitime de Zona X. L’ambiance bon enfant qui règne dans la boite vous fera vite oublier les nuées d’insectes qui dégringolent du plafond en début de soirée ou la décoration sommaire du lieu. Facundo et Nacho, le couple de propriétaires, affichent d’ailleurs leur volonté de conserver le côté rustique de l’endroit « afin de continuer à attirer un public local et hétérogène, car c’est lui qui donne au lieu toute sa valeur et son originalité » explique Facundo. Au niveau musical, il y en a aussi pour tous les goûts : de l’électro, de la dance commerciale, de la salsa, de la samba, et bien sûr pas mal de cumbia, la musique populaire argentine par excellence.   Hormis la piste de danse, la grande attraction du lieu demeure la cueva, littéralement « la grotte », la back room où vont s’encanailler routiers et gauchos de toute la région. « Passée l’heure de la fermeture, les ébats se poursuivent souvent à l’extérieur de la boite, dans les champs voisins ou dans la structure désaffectée de la station-service d’en face » nous explique Nacho. Le couple devient intarissable lorsqu’il s’agit d’énumérer les personnages qui peuplent les nuits de Zona X. De l’historien universitaire qui devient chaque samedi « Claudia », perruque blonde et pailleuse sur la tête, au médecin qui arrive, été comme hiver, vêtu du même marcel et du même minishort en jeans. Sans oublier Alex, maquilleur qui a fait fortune à Miami et qui a décidé de s’installer quatre mois dans la région pour pouvoir passer tous ses week-end à Suipacha ou encore Roberto, superbe stripper amateur qui s’agite en nu intégral sur le bar et qui s’enduit le corps d’huile… de cuisine ! suipacha4.jpg

Au delà du simple lieu de diversion, Zona X est un véritable OVNI dans le panorama de la nuit argentine. Le gaucho incarne en Argentine la figure mâle fondatrice d’un pays au machisme encore omniprésent. Cette petite grange perdue vient donc remettre en cause certains symboles nationaux. Dans la foulée de la sortie de « brokeback mountain », plusieurs titres nationaux avaient évoqué l’existence de Zona X afin de briser le tabou des gauchos gay et de démontrer que les prairies de la Pampa, tout comme d’autres environnements à forte composante masculine, comme l’armée ou l’église, était le théâtre de relations homosexuelles. Si vous souhaitez goûter à l’expérience de la Pampa gay, profitez de votre passage en Argentine pour foncer à Suipacha, car en plus de profiter de la beauté des paysages, vous passerez une soirée différente et à coup sûr inoubliable ! 

 Informations pratiques ZONA X :  Ouvert les jeudis et samedis. 

Prix d’entrée : 5 pesos argentins (1,25 euros) 

Prix des consommations : de 5 à 10 pesos argentins (1,25 à 2,50 euros). Comment se rendre à Zona X depuis Buenos Aires ? 

- En mini-bus : Santoni Turismo : (011) 4865-5680 / 4861-3456 (départ Alto Palermo).  - En bus : Ligne 57 A Lujan/Mercédes – Réservations : 0 800 444 0273 / 02323-423637     (départ Plaza Italia) 

- Hébergement à Suipacha : Alto Suipacha – Réservations au (02324) 48-1071  Toutes les informations sur : http://www.xzonax.com.ar/ 

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BUENOS AIRES, SON TANGO, SES GAUCHOS ET… SES PORNOS ! (publié dans PREF – Sept. 07)
25 août, 2007, 23:57
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,PREF

pref21.jpgBuenos Aires serait-elle en passe de devenir le nouvel eldorado du porno gay? Si on est encore loin de la productivité d’Europe de l’Est ou du Brésil voisin, le genre cinématographique est en plein boom au pays des gauchos. Les maisons de productions locales se développent et les « multinationales » du X américain changent d’hémisphère pour filmer leurs dernières productions.   

Premier facteur de cet engouement récent pour l’Argentine, un brassage de population qui donne l’une des plus fortes concentrations mondiales de bombes sexuelles au km2. Nul besoin d’une étude statistique de l’INSEE pour le savoir, une balade d’une demi-journée dans les rues de Buenos Aires vous en convaincra aisément. Les vagues d’immigration successives qui ont peuplé le pays, en provenance d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne ou de Pologne ont généré une diversité « ethnique » complètement inédite en Amérique du Sud. Sur un même trottoir, vous croiserez des bruns ténébreux, des adonis blonds aux yeux clairs et des machos au regard de brute. Le culte du corps étant ce qu’il est dans ce coin de la planète, tout ce beau monde passe son temps en salle de gym, histoire de satisfaire un narcissisme latin souvent excessif. Plus surprenant, les hétéros se montrent souvent plus obsédés que les gays par leur image et leur physique. A croire que le terme metrosexuel ait été inventé pour décrire les jeunes mâles argentins… 

Deuxième atout de taille, un taux de change hyper favorable (un euro = quatre pesos argentins) qui rend acteurs et techniciens extrêmement bon marché dans un secteur ou le « cost killing » règne en maitre. N’est-ce pas avant tout pour des raisons de coût que les maisons de productions occidentales s’étaient ruées vers les pays de l’Est à la fin des années 1990 ? 

Dario Marxxx, le producteur de X gay le plus important du pays nous confirme la tendance : « Outre nos productions locales qui sont désormais distribuées sur le marché américain (1), plusieurs gros labels yankees comme Falcon ou Zane sont venus filmer ici. ». Sa jeune entreprise, American Top Argentina, a déjà édité quatre films, un cinquième est sur le point de sortir. Parmi les meilleures ventes, figurent « Une Nuit à Buenos Aires »(2001), le premier porno gay argentin jamais réalisé, et plus récemment « El cumple de Lucas », best seller du label, qui nous raconte la jolie fête d’anniversaire que ses amis offrent au beau Lucas.  Des productions qui apportent d’ailleurs un peu de fraicheur au genre. Contrairement au X américain, qui compile souvent des scènes d’ « action » sans lien entre elles, les productions argentines réhabilitent la portée excitante du scénario. Toutes les scènes sont donc reliées par un fil conducteur. Les dialogues dépassent les simples gémissements ou les « suck my dick » (« chupame la pija ») de rigueur. Et parviennent à rendre les protagonistes et leurs exploits encore plus excitants. Côté casting, on retrouve la variété ethnique du pays, et un style de mecs « réels », plus proches des productions françaises que des gym queens américaines ou tchèques. Cerise sur le gâteau, les acteurs donnent vraiment l’impression de s’éclater, ca nous change des blasés de Bel Ami. 

Le développement récent du porno gay se butte néanmoins à des difficultés qui reflètent la structure encore très conservatrice de la société argentine. «A l’inverse du marché américain où Calvin Klein, D-Squared et Abercrombie & Fitch se battent pour apparaître dans les pornos gay, ici il est impossible de trouver des marques de fringues ou des salles de gym prêtes à sponsoriser nos productions » raconte Dario. « Les marques craignent encore d’être pénalisées si elles sont associées à des produits destinés aux gays » ajoute-t-il. Autre obstacle, la recherche des acteurs. Le poids de la religion et l’homophobie qui en découle dissuadent souvent les candidats éventuels de se présenter aux castings. Les choses sont néanmoins en train de changer. « Pour notre première production, en 2001, un jeune mec, employé d’une maison d’édition catholique avait souhaité être filmé masqué. Ce même acteur sera la tête d’affiche de notre prochain film ! ». Votre bite dans une main et la télécommande dans l’autre, vous aviez connu les pentes neigeuses du Colorado, les pavés de Prague, les plages du Brésil…En route pour une nouvelle destination de charme : Buenos Aires, Argentina ! 

(1)   Pour l’Europe, il faudra encore patienter. A moins de commander directement les productions par le biais du site internet d’American Top Argentina : www.americantop.com.ar 



LE BRESIL, EN ROSE… ET NOIR (paru dans PREF Mag nº10)
3 octobre, 2006, 5:02
Classé dans : Gay,gay brasil,PREF

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Plus de 2 millions de personnes à la Gay Pride 2005 de Sao Paolo. Des dizaines de milliers de gays et lesbiennes qui se pressent chaque année sur les plages de Rio de Janeiro. Plus au sud, l’Ile de Florianópolis a depuis peu intégré le cercle restreint des destination gays en vogue. Le Brésil, terre promise pour les homos ? Pas si sur. Car derrière ces cartes postales gay-friendly, se cache une réalité sociale qui est loin d’être aussi « rose ». 

 

Le contraste entre le sud du Brésil, moderne et relativement ouvert, et le nord du pays, pauvre et traditionaliste, est frappant. Au nord, les homosexuels sont encore fortement marginalisés. Des actes de violence homophobes sont régulièrement commis. Luciano, jeune gay de 27 ans, vit à Rio Branco, ville de 200 000 habitants plantée au cœur de la forêt amazonienne. On est bien loin de l’ambiance survoltée et mondialisée des plages carioca. « L’acceptation des homos se fait par l’information et l’éducation. Dans une ville pauvre et reculée comme la notre, les homos souffrent de graves préjugés nourris par l’absence d’informations et le poids de la religion » explique-t-il. Un seul bar gay dans la ville. « Je n’y vais jamais. L’ambiance est glauque, la clientèle, bourrée d’homos stéréotypés ou de prostitués » ajoute-t-il. Ici tout mes amis rêvent de pouvoir s’installer dans une ville du sud du pays. « Si j’avais les moyens, je mettrais les voiles pour Porto Alegre ou Florianópolis, des villes ou être gay ne pose plus aucun problème ». 

Rio de Janeiro, Octobre 2007. Photo M.M.M.

Au nord comme au sud, le poids de la religion est encore immense. Pas seulement celui de l’Eglise catholique, sinon d’une multitude d’églises protestantes farouchement anti-gay. La plus célèbre, Assembleia de Deus, qui compte plus de 8 millions de fidèles, propose un morbide programme de reconversion à l’hétérosexualité. Pour beaucoup d’homosexuels brésiliens, le lobbying actif de l’Eglise au sein des institutions politiques du pays est le principal facteur qui retarde l’instauration d’une loi sur l’union civile pour les couples de même sexe. Les pressions religieuses sont extrêmement fortes au Parlement fédéral de Brasilia. A tel point que le texte de loi sur l’union civile, proposée dans le milieu des années 1990 par Marta Suplicy, ex-maire de Sao Paolo, n’a jamais été débattu en session parlementaire. Face à ce vide juridique, de plus en plus de juges rendent néanmoins des décisions de justice favorables aux couples homosexuels. Mais ces décisions ponctuelles, souvent médiatisées, n’auront jamais l’impact d’une loi nationale. Et le slogan égalitaire et idéaliste « Brasil, um pais de todos »[1], déniché et martelé par l’administration Lula depuis son arrivée au pouvoir est encore loin d’être une réalité aux vues du traitement des minorités sexuelles dans le pays. 

L’heure est pourtant à l’optimisme. Indéniablement, les choses s’améliorent. «Au Brésil, tout ce qui se passe au sud, finit toujours par influencer le nord » nous explique Marcio, jeune juriste gay de Porto Alegre. Autrement dit, le vent de liberté qui souffle sur les mégalopoles du sud pourrait à terme atteindre les zones plus reculées du Nordeste brésilien.  dsc00711.jpg

Un vecteur clé dans l’ouverture progressive des mentalités au Brésil : la presse. Les titres les plus importants du pays soutiennent vigoureusement la communauté homosexuelle du pays. Veja, premier hebdomadaire lusophone et quatrième magazine le plus lu au monde, offre une visibilité régulière aux revendications des gays et lesbiennes. Et G Magazine, la revue gay la plus populaire du pays compte autant de lecteurs que le mythique Play Boy (plus de 100 000 chaque mois !). Mais l’exemple le plus parlant, c’est probablement l’apparition de personnages ouvertement homosexuels dans les sacro-saintes telenovelas. Une bonne nouvelle quand on sait que ces feuilletons à l’eau de rose rassemblent chaque soir des dizaine de millions de foyers brésiliens toute origine sociale et raciale confondue. De récentes études audimat ont même montré que l’acceptation du public envers ces personnages « hors normes » étaient excellentes. De quoi nous encourager à fêter le Brésil cette année ! 


[1] « Le Brésil, un pays pour tous »

Photos : Marcos Matos Maciel, 2007.

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USHUAIA, OU LE MYTHE EXPLOITÉ… Á L’EXTREME. (paru dans PREF Mag nº8)
3 juillet, 2006, 5:06
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,PREF,Ushuaia

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« Ushuaia », programme télé animé par un écolo-chiraquien convaincu. « Ushuaia », gamme de gels douche pour occidentaux en mal d’exotisme. Mais avant de devenir un produit dérivé protéiforme, Ushuaia c’est d’abord le nom d’une destination mythique. Pour ses paysages de carte postale bien sûr, mais surtout pour son titre de ville la plus australe du monde.

Au sud, tout au sud, à la pointe sud de l’Argentine. L’arrivée en avion est spectaculaire. Après avoir survolé le détroit de Magellan, l’appareil frôle les dernières cimes de la Cordillères des Andes. Puis débouche sur la baie d’Ushuaia, bordée par le Canal Beagle, large couloir maritime reliant Atlantique et Pacifique. De là haut, le mythe est intact. Plus pour longtemps… Malgré la rigueur du climat et un sentiment d’isolement bien réel, Ushuaia attire depuis plusieurs décennies des argentins qui ont choisi de fuir la misère économique du nord du pays. Dans les années 1980, c’est l’implantation de dizaines d’usines et d’entreprises électroniques de pointe qui transforme ce gros bourg de 65 000 habitants en un pôle de croissance exemplaire dans un pays alors en plein boom économique. Puis l’ère Menem, synonyme de corruption généralisée et de dilapidation du patrimoine économique national, entraîne progressivement le pays vers une faillite historique. Ushuaia subit de plein fouet la crise et les fermetures d’usines se succèdent. Apparaissent des zones de bidonvilles aux abords de la ville, oú les conditions de vie sont aggravées par la rigueur du climat. Le miracle économique tourne au cauchemar social.  Dans un tel contexte, l’option touristique devient la nouvelle religion des autorités locales qui misent tout sur ce filon pour relancer l’activité économique de la zone. La ville et le Ministère du Tourisme communiquent à fond sur le mythe du bout du monde. Et ça marche. On le constate sur place, l’offre touristique se développe et se structure. Les grues envahissent la ville pour accroître le parc hôtelier. Les agences de voyages poussent comme des champignons et offrent des packages tout compris pour aventuriers en Lacoste. L’aéroport est agrandi et rénové. L’office de tourisme local s’enorgueillit d’être le plus performant du pays. Malgré les vents froids qui balayent la ville en permanence, le mythe de l’extrême sud attire désormais des milliers de touristes du monde entier. A l’image des paquebots géants qui accostent et déversent leurs flots de gros texans à casquette qui se ruent dans les magasins de souvenirs kitchissimes de la rue San Martin. Les habitants de la ville ont parfaitement su intégrer cette dimension mythique dans leur business. Le moindre restaurant vous propose ses carottes râpées ou son omelette du bout du monde… Et les tee-shirts, casquettes et pingouins en peluche estampillés « fin del mundo » se vendent comme des petits pains (du bout du monde). L’office du tourisme distribue même aux visiteurs un diplôme du bout du monde qui viendra joliment orner le mur du salon, coincé entre la reproduction d’un Van Gogh et une photo de Mamie à Disney Land. Même ici, à l’extrême sud de notre planète, l’aventure a été canalisée, packagée et maîtrisée pour se rendre accessible au plus grand nombre : virée en paquebot climatisé pour apercevoir les colonies de pingouins, petit train du far West qui sillonne le (magnifique) parc naturel de la Terre de Feu… Du coup, malgré la beauté incontestable des paysages de Patagonie, on est un peu déçu en déambulant dans les rues d’Ushuaia. La ville du bout du monde, on l’imaginait forcement différemment. Plus sauvage, plus intime, plus mystique. 

Plusieurs bagpackers me confient leur frustration. « Le mythe a du plomb dans l’aile » me glisse un routard suisse. « Une entreprise touristique, tournée vers l’exploitation du rien du tout » s’énerve son compagnon de route suédois. Certains d’entre eux ont effectué plus de 1000 km à vélo pour traverser la fade aridité de la Pampa et atteindre ce coin du monde. Ceux-ci plus que les autres ont l’impression d’être tombés dans le piège du mythe. Et la photo de rigueur près du panneau touristique « Ushuaia, kilomètre zéro, bienvenue dans la ville la plus australe du monde » est une maigre consolation pour ces voyageurs sincères à la quête du sud extrême. Une jeune hollandaise enfonce le clou : « la ville qui vend un mythe n’est pas la plus australe. Puerto Williams sur l’île de Navarino se situe encore plus près de l’Antarctique, non loin du Cap Horn. Cette bourgade n’a pas su promouvoir sa position géographique et demeure en retrait par rapport à Ushuaia ». Car Ushuaia a intelligemment su mettre à profit sa situation géographique originale pour construire et vendre un mythe au monde entier. Un mythe relayé en France par l’émission télévisée de Nicolas Hulot – les touristes français sont d’ailleurs omniprésents dans la ville. En moins de dix ans, le mythe du bout du monde a permis à Ushuaia de retrouver le sourire et de maintenir son attractivité économique aux yeux de la population argentine désœuvrée.  « Il n’ y pas de chômage ici » me confirme un chauffeur de taxi de Mendoza qui a tout quitté pour venir vivre ici. Un luxe dans un pays qui, trois ans après, ne s’est toujours pas remis de la crise économique la plus violente de son histoire. Et tant pis si nos rêves d’aventures se brisent sur un mythe au rabais. Les merveilles de la nature patagonne viendront vite nous faire oublier notre halte superflue à UshuaiaLand. 


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