Le blog d’info d’Hervé Segata

ARGENTINE : LE MARIAGE GAY TOMBE A L’EAU (PARU DANS DER STANDAARD, Quotidien flamand, Belgique – 02/12/09)
2 décembre, 2009, 18:51
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Ce Mardi 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le SIDA aurait du être historique en Amérique du Sud. C’était le jour qu’avaient choisi Alex Freyre et José María Di Bello pour sceller le premier mariage gay du continent. La juge Gabriela Seijas de Buenos Aires avait déclaré inconstitutionnels deux articles du code civil et ordonné la célébration du mariage de ce couple d’hommes. Un événement inédit en Amérique du Sud qui aurait donné aux époux les mêmes droits que n’importe quel couple hétérosexuel ! 

C’était sans compter sur les efforts de l’Eglise catholique, indignée par la mesure, qui a in extremis fait intervenir une juge nationale pour suspendre le mariage. Quelques heures seulement avant le moment fatidique. Du coup, la décision finale repose désormais dans les mains de la Cour Suprême qui devrait trancher dans les semaines à venir. 

Buenos Aires s’était pourtant distinguée à plusieurs reprises en matière de droits pour les homosexuels. Le contrat d’union civil existe ici depuis 2003. « Mais il existe une forte dichotomie à Buenos Aires » tempère Franck, quadragénaire français qui partage son temps entre Paris et Buenos Aires. « L’Argentine est à la fois rétrograde et avant-gardiste avec ses gays». D’un coté, une vie nocturne délirante et variée. De l’autre, un machisme omniprésent qui fait de la « folle » la risée de tout un peuple ou des campagnes contre le SIDA quasi inexistantes. « Contrairement à beaucoup de capitales européennes, Buenos Aires n’a pas de quartier gay. Ce n’est pas forcément un mal. Il est paradoxal de voir que dans les sociétés européennes, plus ouvertes, les gens aient encore besoin de se retrouver dans des ghettos. Ici, c’est tout le contraire. Les argentins sont très attachés à la mixité ». 

Mauricio Macri, actuel maire de Buenos Aires, leader de la droite, et principal opposant a la Présidente péroniste en fonction Cristina Kirchner, avait annoncé qu’il respecterait la décision de la juge Seijas et qu’il ne ferait pas appel. Une position qui avait surpris au sein de son parti et de son électorat conservateur. 

Opportuniste, Macri cherche à se poser en rassembleur en vue des prochaines élections présidentielles de 2011. Une stratégie confortée par un récent sondage selon lequel 66% des argentins sont favorables au mariage des couples de même sexe (1). Le maire veut également renforcer l’image gay-friendly de sa ville. 

Une image qui lui permet d’attirer un nombre croissant de touristes homosexuels. Selon l’office du tourisme de la ville, plus de 20% des touristes qui visitent Buenos Aires sont gays ou lesbiennes. Il faut dire que la ville a plusieurs atouts de taille qui en font une destination gay idéale : une vie culturelle digne des grandes capitales européennes, une flopée de bars, d’hôtels et de boites branchés, un taux de change favorable (2) et… la sensualité légendaire de ses habitants ! Cette année la marche des fiertés a réunit 50 000 personnes soit dix fois de plus que les années précédentes. 

Ce vent de liberté semble atteindre d’autres provinces du pays, traditionnellement moins ouvertes aux questions gays. C’est le cas de Mendoza, aux pieds des Andes, près du Chili. « Ici, l’homosexualité est de plus en plus tolérée » explique Diego Lopez. « Bien sur, les gays ne jouissent pas de la même liberté qu’à Buenos Aires où l’anonymat rend les choses plus faciles. Mais la situation s’est indéniablement améliorée ces dernières années. Je vis en couple depuis huit ans et nous n’avons jamais eu le moindre problème ni avec nos familles, ni avec nos amis ». Même si le poids de l’église est plus fort ici, notamment parmi les classes sociales les plus modestes, les mentalités changent. « Le mariage de même sexe est une problématique de droit civil, l’église ne devrait pas avoir à s’en mêler » estime Diego. Un point de vue partagé par 57% de catholiques qui jugent que la position conservatrice de l’Eglise est une erreur (1). 

« La situation est plus compliquée dans les villes les plus pauvres du nord du pays telles que Tucumán ou Salta » ajoute Diego. Des villes où les préjugés sont encore nombreux et les lieux de rencontre sordides. Beaucoup de gays vivent leur sexualité en cachette. Ils se rencontrent sur internet ou finissent par émigrer… à Buenos Aires ». De l’autre coté du Rio de la Plata, en Uruguay, les couples homosexuels peuvent adopter des enfants. Un droit que les Argentins risquent de devoir attendre encore longtemps. 

 Voir article en flamand : http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=AT2J47RC&subsection=2

(1) Sondage effectué auprès de 800 personnes par l’institut argentin Analogías. 

(2) Un Euro = 5,80 pesos argentins. 



BUENOS AIRES, A TRENDY AND FRIENDLY SPOT WAY DOWN SOUTH ! (PUBLIÉ DANS BEAR Magazine – USA – Avril 2009)
7 mai, 2009, 23:36
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“Buenos Aires is undoubtedly the most gay-friendly city in South America!” explains my good Argentinean friend Camilo, a thirty year-old handsome porteño (1). “The civil union contract between same-sex couples has existed since 2003”. Since my last trip here, I’ve actually noticed an increasing number of gay couples walking hand in hand in the streets.  In Buenos Aires, guys are manly, sensual, and… sexy. “They are real men!” says Franck, a French friend of mine and true lover of Buenos Aires, who bought an apartment in the heart of the trendy Palermo district. 

The successive waves of immigration, mainly Italian and Spanish, mixed with the Amerindians (the historical inhabitants of the country) have generated an “ethnic” diversity totally unique in South America. Everytime I come down to Argentina, I’m impressed with the quantity of hot guys you see walking on the street.  The beauty of its inhabitants is not the only attraction to Buenos Aires. Both modern and classic, the city has many assets to seduce you. I love wandering in Palermo, the hip district with its huge houses from the beginning of the century, transformed into neat and chic restaurants or clothing stores just as cool as those you can find in the trendiest areas of London or Berlin. This year, I however chose to stay in San Telmo, one of the oldest districts, with cobblestoned streets, flea markets, and tango bars. It has an incredible bohemian vibe and a great nightlife. If you prefer quieter areas, you would love Recoleta, a residential district  whose classic architecture gave the city the nickname of “The Paris of South America”. Or Puerto Madero, the docks area with its industrial buildings which now shelter the most expensive apartments and hotels of the country. 

Gaywise, the pallet of fun places to hang out is (almost) as broad as any big US city or European capital. This city never managed to bore me. There is something for everyone here: Trendy, electronic clubs where sexy guys dance topless; pop and punk parties where the Porteño youth get together; gay tango dance halls and even a remote club in the middle of the Pampa which turns out to be the meeting place for gay gauchos (cow-boys). Not to mention the famous bear party at Contramano (the first gay club of the city) where bears, chubs, chasers, and I meet every Sunday. When I feel more adventurous, I dare visiting a couple of sex bars which recently opened. They are now competing strongly with the old porn theaters, vestiges of the dictatorship when repression had forced gay people to devise new and discrete cruising places.  My friend Camilo lived for a time in Spain. “I loved Barcelona. But paradoxically, in such an open society, I found that people were locked up into a ghetto. Here, it is just the contrary. The gay nightlife attracts a huge mix of people. There is no(*) gay district in Buenos Aires”. The mix sometimes goes further. Bisexuality is very common here. Even straight guys are open to new experiments. My friend Franck is proud to confess me that he recently hooked up with a construction worker who was working on a building site nearby his house. 

The Buenos Aires bear community is probably one of the largest in South America. The Bear club was born in 1997 when thirty men gathered in a forty-meter-square apartment and decided to found the association. They are now more than a hundred and twenty regular members, and nearly five hundreds meet every Sunday night at the bear party in Contramano. “We are very open and we are always very friendly with visitors from abroad” says Franco, one of the leaders of the club. “Our saving grace is the huge house we bought during the economic crisis of 2002 when the estate market was so gloomy. This house is the heart of the club, we organize all sorts of social events and meetings here”. The club offers a wide variety of events (see activities) and has its own weekly radio program. “The difference between our club and other bear associations is that we have known each other for a long time, we are like a family. That maybe makes us a little more open and friendly with our new members. We actually accept both bears and chubbies” explains Max, the radio commentator. “We also organize trips to other big cities of our country, to meet new friends. We lately went to Córdoba (2). Everybody there first thought we were a rugby team. Until they saw two of our guys sharing a French kiss!” jokes Franco.  Sense of humor is another characteristic you need to have when dealing with the Argentinean bears. It’s actually an essential component to any social relationship in Buenos Aires, whether it is with a boyfriend, with a boss, or with a shopkeeper. “In spite of the recurring economic and politic difficulties our country experiments, we always try to remain happy and positive. We are cynical, but never jaded!” adds Max.   

Last but not least, a very favorable foreign exchange rate (3) gave me a great purchasing power and made me forget, at least for awhile, that I was probably going through the most dramatic economic crisis of my life. Still hesitating? Come down to the Southern hemisphere to enjoy the warmth of Buenos Aires… and its inhabitants. Believe me, you won’t regret it! 

(1) Porteño: name given to the inhabitants of Buenos Aires, from “puerto”, the harbour. 

(2) : Second most populated city of Argentina. 

(3) 1 US dollar = 3,70 Argentinean pesos.                 

 Activities in Buenos Aires  The bear club of Buenos Aires : http://www.ososdebuenosaires.com/new/ 

Mondays : at 1.30 pm, “Mate meeting” at the Bear House, Humberto Primo 1664. The Mate is a typical Argentinean hot drink traditionally shared between friends.  Thursdays : “Bear day” in the gay sauna Nagazaki (from 1.00 pm to 12.00 pm), Aguero 427. (54) 11 4866 4335 Fridays : Friendly dinner at the “Bear House”, Humberto Primo 1664. Sundays : The bear party at Contramano, from 10 pm. Rodriguez Peña 1082. Every last Friday of the month, asado party (typical Argentinean barbecue) at the Bear House. Humberto Primo 1664.  Every two Sundays : Movie projection at the Bear House. 



Suipacha… The Argentine version of Brokeback Moutain (publié dans Gay Times – Avril 2009)
30 mars, 2009, 17:23
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 « Suipacha, a sensitive city » announces the welcome sign at the entrance of the town. More than a warning, it is a curious prediction of what awaits us in Suipacha, a small rural city located in the middle of the Argentinian Pampa, an hour and a half away from downtown Buenos Aires.   Suipacha is the South American version of “Brokeback Mountain”. Each weekend, the small town turns into the meeting point for gay “gauchos” (cowboys) from the surrounding area. Located on a remote, deserted road, beside an abandoned gas station, Zona X (pronounced “Zona Equis”) is one of the most bizarre gay clubs in Latin America.   

The place is a typical Pampa rancho, made of cement walls, capped with a corrugated iron roof, where a diverse and freaky fauna gathers: cowboys (gauchos) in traditional leather trousers just off their horses or tractors, young gay workers employed in the numerous agro-industry factories in the area, truck-drivers, transvestites with a dubious glamour, married farmers who decided for one night to leave their wife home… And an increasing number of trendy gays from Buenos Aires and foreign tourists (mainly Europeans and North-Americans) looking for new vibes and authenticity. This unusual crowd gets together in this obscure shelter, “a place where anything can happen”, a motto that is more than well-founded in Zona X.   The amicable atmosphere will quickly make you forget the swarm of insects that sometimes descend from the rafters or the unrefined decoration of the place. Facundo and Nacho, the adorable couple that owns Zona X, want to preserve the rustic energy of the place “to continue to attract a local and heterogeneous public and to keep the values and the originality of the club intact” explains Facundo. Musicwise, the club offers a wide variety of styles: electro, dance music, salsa, samba, and of course,cumbia a type of music that is very popular these days in Argentina. 

Apart from the dancefloor, the great attraction of the club remains the cueva, literally “the cave”, the darkroom where gauchos, truck drivers, and transvestites have their craziest sexual experiences. “After the club closes, frolicking often continues outside in the fields or in a nearby abandoned gas station” explains Nacho. It is an unforgettable show to see worn out transvestites, horny gauchos and sexy farmers wandering around in the budding dawn, in the middle of nowhere, desperate to find a body to hold.  The couple has an unending flow of stories to tell describing their clientele. From a university history professor who, each Saturday, turns himself into “Claudia”, a blond and wiry wigged transvestite, to a doctor who comes, no matter what the season, dressed with the same white tank-top and the same denim minishort. Not to mention Alex, a make-up artist who made a fortune in Miami and who decided to spend four months in the area just to devote all of his weekends to Suipacha, or Roberto, a superb amateur stripper who dances completely naked upon the bar, his shiny body totally covered… with cooking oil!   

Beyond being just a simple fun spot, Zona X is a true UFO in the panorama of Argentinean gay nightlife. In Argentina, the gaucho represents THE male figure, founder of a country which still has a strong and ever-present machismo. This small and distant rancho thus defies an important national symbol. Following the successful release of “Brokeback Mountain”, several newspapers mentioned the existence of Zona X, breaking the gay taboo of the gauchos and showing that the meadows of the Pampa, just like any other environment with a strong male presence (such as the the army or the church) is the scene of untold gay relations.   If you wish to savor the experience of the gay Pampa, take advantage of your stay in Argentina and hotfoot it to Suipacha. In addition to the beautiful landscapes, you will undoubtedly enjoy an original and unforgettable night!  

Information ZONA X :  Open Thursdays and saturdays.  Entrance fee : 10 argentinean pesos (2.50 euros) 

Drinks : from 8 to 20 argentinean pesos (from 2 to 5 euros).  How to get to Zona X from Buenos Aires ?  - By mini-van : Santoni Turismo : (011) 4865-5680 / 4861-3456 (departure from Alto Palermo shopping) 

- By bus : Line 57 A to Lujan/Mercédes – Reservation : 0 800 444 0273 / 02323-423637     (Departure from Plaza Italia)  - Accomodation in Suipacha : Alto Suipacha – Reservations : (02324) 48-1071 More information on : http://www.xzonax.com.ar/ 



Dernier tango á Buenos Aires (publié dans le magazine suisse 360° – Mars 2009)
7 mars, 2009, 20:35
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,Non classé

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« Buenos Aires est sans doute la ville la plus gay-friendly d’Amérique du Sud ! » lâche Camilo, beau porteño (1) trentenaire. « Le contrat d’union civil existe ici depuis 2003. Et je vois de plus en plus de couples homos qui se baladent en pleine rue, main dans la main en » ajoute-t-il.  « Ici, les garçons sont virils, sensuels et sexy… Ce sont des mecs, des vrais ! » nous confie Franck, un steward français, fanatique de Buenos Aires, qui s’est acheté un pied à terre en plein Palermo.

Les vagues successives d’immigration essentiellement italiennes et espagnoles, mais également polonaises et allemandes, sont venues  se mêler aux amérindiens, habitants historiques du pays, générant une diversité « ethnique » inédite en Amérique du Sud. Résultat de ces mélanges, une des plus fortes densités de bombes sexuelles de la planète ! Sans compter qu’ici comme au Brésil, tous les hommes, gays et hétéros, sont soucieux de leur image et s’entretiennent dans les parcs et les nombreuses salles de gym que compte la ville.  Ce n’est pas le seul point fort de Buenos Aires. Á la fois moderne et conservatrice, la ville a de multiples atouts pour vous séduire. Palermo, le quartier « bobo » qui aligne une multitude d’énormes maisons du début du siècle, transformées en restaurants branchés à la décoration soignée ou en boutiques de mode dignes des quartiers les plus « hype » de Londres ou Berlin. San Telmo, l’un des plus vieux quartiers, et ses rues pavées, ses antiquaires et bars à tango. La Recoleta, quartier bourgeois dont l’architecture haussmannienne vaut à la ville le surnom de « Paris d’Amérique Latine ». Ou encore Puerto Madero, le quartier des docks et ses bâtiments industriels qui abritent désormais les appartements et les hôtels les plus chers du pays.  Coté gay, la large palette de sorties que propose la capitale argentine n’a (presque) plus rien à envier aux capitales européennes. Il y en a pour tous les gouts. Clubs électro et glamour ou les mecs se trémoussent torse-nu, soirées pop et punk festives où s’éclate la jeunesse porteña, salons de tango gay… Sans oublier une boite perdue en pleine Pampa, rendez-vous des gauchos gays, où la soirée bear qui réunit plus de 500 personnes chaque semaine. Pour les moins timides, plusieurs « sex bars » ont vu le jour. Et viennent s’ajouter aux vieux cinémas pornos, vestiges de la dictature militaire, époque ou la répression avait poussé les homos à trouver de nouveaux lieux de rencontre.    Avant de revenir à Buenos Aires, Camilo a vécu en Espagne. « J’ai adoré Barcelone. Mais paradoxalement, dans une société aussi ouverte, j’ai trouvé que les gens s’enfermaient dans un ghetto. Ici, c’est tout le contraire. La nuit gay porteña est très attachée à la mixité. Il n’y a d’ailleurs pas de quartier gay.» explique-t-il. Une mixité qui va parfois plus loin. « La bisexualité est ici plus développée. Même les hétéros sont plus ouverts à de nouvelles expériences » souligne Franck, qui se souvient encore d’une récente aventure avec un maçon qui travaillait sur un chantier voisin.  Autre caractéristique de la ville, l’humour des porteños. Au pays de Mafalda, c’est une composante nécessaire à toute relation sociale, que cela soit avec son mec, ses amis ou son boucher. « Malgré les difficultés économiques et politiques récurrentes que notre pays connait, on essaye de garder notre joie de vivre et notre énergie. L’Argentin est cynique mais jamais blasé ! » nous explique Carlos, jeune designer de San Telmo.  Last but not least, le taux de change hyper favorable (2) vous donnera un pouvoir d’achat qui vous fera oublier, pour un instant, que vous traversez la crise économique la plus violente de votre vie. Alors profitez des dernières semaines de l’été austral pour goûter à la chaleur de Buenos Aires…et de ses habitants !  (1) Porteño : nom donné aux habitants de Buenos Aires, de « puerto », le port. (2) Un Euro = 4,5 pesos argentins. 3 adresses gays incontournables à Buenos Aires. 

Zona X. En mal de sensation forte ? Direction, Suipacha ! A une heure trente de route de Buenos Aires, ce village planté en pleine Pampa est le point de rencontre des « gauchos gays ». La boite, Zona X, est une grange aménagée où se réunit chaque semaine une faune surréaliste : gauchos, ouvriers agricoles, camionneurs de passage, travestis, jeunes agriculteurs mariés… L’ambiance est conviviale et authentique. « Ici, tout peut arriver !» résume Facundo, l’un des propriétaires. Sur le dancefloor, sur le bar, dans la backroom (qui ne désemplit pas) et même dans les champs voisins. « C’est un peu notre brokeback mountain à nous ! » ajoute-t-il. Incontournable. 

Zona X, Ruta 5, km 128, Suipacha. (54) 9 11 6598 3483. Tous les jeudis et samedis, à partir de minuit. http://www.xzonax.com.ar/ 

La Plop / Ambar La Fox 

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Deux soirées, un seul concept : de la pop, de la pop et encore de la pop. C’est les rendez-vous préférés de la jeune génération de porteños, gays et lesbiennes, qui contrairement a leurs grands frères trentenaires, assument totalement leur sexualité. Ici, on s’éclate sur de la pop commerciale, latino et américaine. Sur la scène, spectacles rétro avec chanteuses décadentes ou chorégraphies punk délirantes se succèdent. Deux soirées qui sentent bon la liberté et le défoulement. L’entrée et les boissons sont très bon marché, en adéquation avec le budget de la clientèle, qui revient chaque semaine en plus grand nombre. Armez-vous de patience, la queue à l’entrée est souvent très, très longue. 

Fiesta Plop, El Teatro, Rivadavia 7806. Tous les vendredis, à partir de minuit.  Ambar la Fox, The Roxy, à l’angle des avenues Alvarez Thomas et Federico Lacroze, tous les samedis, à partir de minuit. 

La Marshall, milonga gay. 

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Ne manquez pas le rendez-vous des fans de tangos à la Marshall, qui fut la première milonga gay et lesbienne de Buenos Aires. Tout les mercredis, un public d’aficionados argentins et de touristes novices se retrouvent pour danser au son du bandonéon. Vous verrez évoluez d’excellents couples sur la piste et pourrez aussi prendre votre premier cours de tango. Si vous ne passez pas votre temps à regarder vos pieds, vous pourrez même croiser les regards charmants de spectateurs, garçons et filles, prêts à pardonner votre style très approximatif. Drague douce et légère. 

La Marshall, Maipú 444 – Tel: (54) (011) 49129043 – (54) 9 11 54583423. Tous les mercredis 22h00. http://www.lamarshall.com.ar 



FICTION TOURISTIQUE : JULES ET JIM… À BUENOS AIRES (publié dans GUS nº39 « Good Fortune »)
23 février, 2008, 15:28
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Le beau sourire du douanier de l’aéroport d’Ezeiza m’a déja fait oublier les quatorze heures de vol qui viennent de nous déposer au pays des gauchos, du tango et d’Evita. 

J’y vois un bon présage sur ce qui nous attend durant notre séjour argentin. En plein mois de novembre, nous quittons l’aérogare en tee-shirt. C’est notre première virée dans l’hémisphère sud. Direction, l’hôtel Axel, le nouvel hôtel « heterofriendly » qui, après le succès de la version catalane vient d’ouvrir ses portes à Buenos Aires, dans le quartier historique de San Telmo. L’hôtel est un curieux mélange de verre et d’acier qui valorise les reflets et la transparence. Une ambiance propice aux échanges et aux rencontres. Nous découvrons notre chambre, assez petite, mais moderne et très confortable. Elle a une vue imprenable sur la piscine du patio et sur trois mecs qui barbotent et qui plaisantent dans une langue que je ne comprends pas. « C’est du brésilien » me dit Jim. Buenos Aires n’est apparemment pas à la mode qu’en Europe. C’est aussi une des destinations favorites des paulistes qui veulent fuir pour un week-end l’enfer urbain de Sao Paulo. Ils nous font signe de les rejoindre. « On aura bien le temps de sympathiser » s’agace Jim, impatient d’aller découvrir la ville.

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On saute dans l’un des innombrables taxis jaune et noir qui rythment la ville, direction Palermo, le quartier ou se concentrent restaurants, bars et magasins de fringues branchés. Le petit plateau repas aseptisé d’Air France est déjà un lointain souvenir. Nous nous installons sur la petite terrasse du « Miranda », une « parilla » (1) (prononcer « paricha » en Argentin) au design moderne et aéré située en plein cœur de Palermo Hollywood, histoire d’éprouver le fameux mythe de la viande argentine. Examen réussi. Les steaks sont énormes et incroyablement tendres. « Le secret de notre viande, c’est un bétail élevé au grand air et une cuisson sur une grille lentement chauffée depuis le matin » nous explique Diego, notre charmant serveur.  Nous passons le reste de l’après-midi à flâner dans Palermo, qui aligne d’énormes maisons multicolores du début du siècle transformées en boutiques de design ou en cafés branchés. Nous sommes au cœur du Buenos Aires bobo. Jim s’étonne de la beauté des argentins que nous croisons au cours de notre ballade. Un mélange de sang espagnol, italien, allemand, polonais et amérindien qui donne des résultats détonants. Comme en Italie, les mecs se regardent, se jaugent, se comparent. Hétéros ou homos, ici, on ne fuit pas le regard de l’autre, on le cherche, on l’intercepte, on le capture. Le soleil tombe sur la plaza Cortázar, la place principale de Palermo Viejo ou se mêlent artisans hippies, étudiants branchés et voyantes gitanes. Nous rentrons à l’hôtel, histoire de reprendre des forces avant la longue nuit qui nous attend.  C’est que Buenos Aires, fière de son héritage espagnol, a repris à son compte le rythme des nuits ibériques : ici on dine à 23h00 et on évite si possible de se pointer en boite avant 02h00 du matin… Malgré mes quelques kilos superflus, je suis bien décidé à essayer la piscine couverte de l’hôtel, située au dernier étage du bâtiment. Sa particularité intimidante : le fond du bassin est en verre transparent. Ou comment devenir en une seconde le sujet de conversation de tous les clients de l´hôtel qui vous matent depuis les étages inférieurs… Après une courte sieste, on se dirige à pieds vers l’ancienne zone des docks qui connait un boom immobilier sans précèdent, Puerto Madero. Les vieux bâtiments de brique qui longent le canal central abritent désormais les appartements les plus chers de la ville. C’est à Puerto Madero que se trouve l’hôtel Faena, palace cinq étoiles réfugié dans un magnifique bâtiment industriel entièrement décoré par Philippe Starck. Un long couloir en parquet nous mène vers le « Library Lounge », le bar de l’hôtel, au style Belle Epoque. Nous restons ébahis par les lustres en cristal imposants et prenons place sur un canapé Chesterfield châtaigne. Tout le Buenos Aires chic semble se retrouver ici. Nous sommes probablement assis parmi quelques stars locales qui pour nos yeux étrangers ne sont que des inconnus friqués. Quelques touristes moyens comme nous semblent également profiter du taux de change hyper favorable pour venir prendre un verre dans cet écrin de brique et oublier pour un instant leur 35 m2 à Boulogne. faenaentrance.jpg

Retour à Palermo, direction « Chueca », le resto/bar incontournable de la scène gay porteña. C’est l’un des rares lieux gays de la ville à avoir pignon sur rue et à assumer totalement le style de sa clientèle. L’endroit est moderne et plutôt obscure. Un joli serveur (Français !) nous accueille et nous guide vers une petite table dans un coin de la salle. Un détail, Chueca fait le plein tout les week-ends pour ses fameux shows de drag-queens. « Un spectacle de drag-queens…pfff… complètement dépassé » grogne Jim, sceptique. En attendant, les plats sont copieux, le service est impeccable et nos voisins de tablée (des Argentins de Córdoba) sont charmants. Ils nous rassurent sur l’ambiance du lieu et sur le fameux spectacle. Et ils font bien. Loin des traditionnels playbacks de Barbra Streisand ou Cher, le spectacle est une succession de sketches, parlés ou musicaux, teintés d’autodérision. Les gens sont hilares, y compris Jim, qui ne comprend pas un mot d’espagnol. Le spectacle terminé, nous passons au premier étage où se situe le bar qui a déjà été pris d’assaut par la faune locale. Le vin de Mendoza commence à faire effet et me voilà en train de sonder un petit groupe de mecs, dans un espagnol approximatif mais fluidifié par l’alcool, sur le meilleur endroit pour poursuivre la soirée. « A Alsina, évidemment » me glisse Marcelo, le plus mignon d’entre eux. Nous embarquons dans un taxi avec nos nouveaux amis, direction Alsina, donc. L’endroit est une institution de la vie nocturne de Buenos Aires. Il vaut à lui seul le détour. Un magnifique bâtiment industriel du dix-neuvième siècle aménagé sur trois niveaux, décorés de rideaux de velours rouge, d’immenses miroirs et de lustres grandioses. Les argentins en sont très fiers. En y réfléchissant, je me dis que Paris n’a pas de lieu comparable… La musique, un peu décevante est compensée par l’ambiance festive et par la quantité de bombes qui s’agitent sur le parquet lumineux. Marcelo avait raison, Alsina était le bon choix. Pour le remercier du conseil, nous l’invitons à connaitre l’hôtel Axel. Il accepte. Nous rentrons à l`hôtel à pied, grisés par la lumière rose du matin sur San Telmo et par le moment qui nous attend une fois arrivé à la chambre. 

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Samedi matin, 11h00. Jim me réveille. « Il est tôt mais notre temps est compté dans cette ville » s’excuse-t-il. On grimpe dans un taxi, direction Recoleta, le quartier le plus chic de la ville, qui se caractérise par son architecture haussmannienne. C’est cette zone qui confère à la ville son surnom de « Paris d’Amérique du Sud ». Sur l’avenida Alvear, se concentrent d’immenses manoirs du siècle dernier et les boutiques les plus chics de la ville. Au bout de l’avenue, se trouve le cimetière de Recoleta qui abrite la discrète tombe d’Evita Perón, la femme du peuple et des opprimés paradoxalement enterrée au cœur du quartier le plus riche de la ville. La faim nous fait passer une discrète porte-cochère qui nous conduit vers Milión, un des restaurants les plus originaux de la ville. Son cadre, une magnifique maison bourgeoise construite en 1912 qui appartenait à une richissime famille allemande immigrée. Parquets, mobilier, plafond, tout a été conservé en l’état. Le restaurant, à la carte réduite mais originale, s’étend à toutes les salles de l’édifice. Le soir, des D.J. mixent en live, et l’endroit se transforme en before apaisant. Le jardin est un petit oasis de verdure au cœur du tumulte porteño. Le reste de l’après-midi, nous le passons à l’hippodrome de la ville ou se déroule comme chaque printemps l’Open de Polo, un tournoi, qui loin d’être populaire (Sarah Ferguson en est une assidue spectatrice), consacre un sport beaucoup moins élitiste qu’en Europe. Les tribunes sont remplies, quelques chapeaux bien sur, mais surtout beaucoup de jeunes de classes moyennes et de gauchos amateurs de polo. Jim est fasciné par la beauté des chevaux, moi je le suis davantage par ceux qui les montent. Et je me dis que le Prince Charles était décidément un bien pauvre ambassadeur pour ce sport…

Samedi soir. Diner léger et succulent chez Thymus, petit restaurant discret qui occupe l’ancienne maison du sculpteur argentin Martín Vergara. Le menu est original et met en avant la fusion des saveurs. Magret de canard à la crème de mais et au vinaigre de canne pour Jim, truite de Patagonie au bouillon d’orange et poivre vert pour moi. Nous sommes d’attaque pour sortir. Direction Pachá, LA boite électronique de Buenos Aires. Le club ressemble à un grand yacht blanc. Il se trouve sur la Costanera, au bord du Río de la Plata (fleuve immense qui sépare l’Argentine de l’Uruguay). La boite est pleine à craquer. Public mixte et jeune, provenant essentiellement des banlieues aisées de la Zone nord. Outre ses trois salles, la boite possède un dancefloor extérieur et plusieurs terrasses qui communiquent entre elles, toutes avec vue sur le fleuve. La qualité du son est exceptionnelle. Je prends Jim par la main et le conduit droit vers la zone gay (la mixité a des limites). Beaucoup de mecs, la trentaine, lunettes noires sur le nez et épaisse chaine en acier autour du cou. Une particularité du lieu, par respect pour le public féminin, il est interdit… de retirer son tee-shirt ! Jim est frustré de ne pouvoir montrer son kit tout muscle, moi je suis ravi de pouvoir dissimuler mes poignées d’amour. Quand on vous dit que la mixité a du bon ! On termine la soirée sur la terrasse, réchauffés par le lever de soleil sur le fleuve.

Pour notre dernière matinée à Buenos Aires, nous flânons dans les rues pittoresques de San Telmo. Chaque dimanche, le quartier s’anime et accueille musiciens, chanteurs et danseurs de tango. La petite plaza Dorrego devient un grand marché d’antiquité à ciel ouvert et attirent des centaines de badauds à la recherche de leur passé. Nous faisons une halte rapide dans le Pride Café, un bar à l’ambiance conviviale où touristes et locaux viennent bavarder autour d’un café. Puis reprenons notre marche sur Defensa, magnifique rue pavée fermée à la circulation et réservée aux stands d’artisans et au théâtre de rue. Mais le temps file et il nous faut déjà penser au départ. Direction, les grands glaciers de Patagonie. Nous quittons la ville à regret. « Bah, on revient pour quelques jours dans une semaine » se console Jim. Moi, je me dis que j’y passerais volontiers le reste de ma vie.

(1) : restaurant de viandes grillées, les « parillas » sont une institution dans tous le pays.

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BUENOS AIRES ET SES GAYS : ENTRE DUR ET TENDRE (publié dans dans PREF Mag Nov. 07)
15 novembre, 2007, 23:54
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,PREF

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  La dernière Gay Pride de Sao Paulo a réuni plus de 2 millions de personnes. A Buenos Aires, traditionnelle rivale culturelle et économique de la mégalopole brésilienne, ils n’étaient que… 10 000  à marcher pour la reconnaissance de leurs droits ! Une fréquentation qui peut surprendre dans une ville de trois millions d’habitants qui revendique ouvertement son statut de nouvelle destination gay à la mode…   

Indéniablement, un touriste gay  du « premier monde » (surnom teinté d’ironie donné ici à l’Europe et à l’Amérique du Nord), passera à Buenos Aires des vacances de rêve : des restos branchés de Palermo aux balades pittoresques dans le quartier historique de San Telmo, sans oublier un taux de change hyper favorable et quelques clubs gays garnis de mecs adorables et abordables. Et pourtant. Ce paradis pour occidental de passage ne l’est pas forcément pour l’homo argentin moyen qui vit sa ville au jour le jour. Au delà des premières impressions, Buenos Aires est encore bien loin d’être aussi ouverte sur les questions gays que Madrid, San Francisco ou que sa voisine Sao Paulo. 

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Sous ses airs de modernité, entretenue par une reprise économique sans précédent, Buenos Aires est une ville où le machisme est encore omniprésent. Un machisme qui a réussi à s’immiscer dans la culture gay locale : les mecs sont hantés par la peur d’être assimilés à une « folle », la risée de tout un peuple. L’apparence et le « qu’en dira-t-on » régissent en permanence les relations sociales. A Buenos Aires, l’homo ne dérange pas s’il est masculin, viril et… discret. A quelques rares exceptions près (dont le notable « Pride Café », café situé au cœur de San Telmo), les lieux de rencontre gays n’ont donc pas pignon sur rue et se dissimulent derrières des façades opaques ou au bas d’escaliers discrets. 

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La capitale argentine entretient une dichotomie tout à fait inédite dans sa relation avec ses homos. Tantôt ville tendre et ouverte pour les touristes gays à fort pouvoir d’achat (dernier exemple en date, l’inauguration dans les prochaines semaines du fameux hôtel de luxe gay « Axel »). Tantôt, dure et froide avec sa communauté locale qui souffre d’une absence quasi-totale de visibilité politique et médiatique. En trois ans, une seule campagne d’affichage publicitaire, très sobre, a osé aborder ouvertement la question du SIDA et de ses répercussions sur la population homosexuelle argentine. 

Portée par une très jeune génération qui a soif de rompre avec la culpabilité traditionnelle de ses grands frères trentenaires, la tendance est néanmoins à l’embellie. Depuis quelques mois, des soirées à tendance punk ou électro ont vu le jour et réunissent chaque semaine des hordes d’étudiants qui se reconnaissent dans les tubes « pop gay » des Miranda (1), ou de l’Uruguayen androgyne Dani Umpi. « Guapo » (2), nouveau magazine gay moderne et accrocheur vient d’inonder les kiosques argentins. Buenos Aires accueille ce mois ci le Mondial de football gay, une grande première pour une capitale sud-américaine, et tout un symbole dans un pays qui vit le foot comme une religion. L’heure est à l’ouverture. Espérons juste que Mauricio Macri, le nouveau maire (très) conservateur de la ville, ne viendra pas entraver la mutation en cours.

  (1)   Groupe de pop argentin qui cartonne dans toute l’Amérique du Sud. 

(2)   Pour plus d’informations, http://www.guapodigital.com.ar 



F***ING LATINOS (publié dans GUS Mag – « The fuck Issue » – Sept. 07)
10 septembre, 2007, 23:33
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay brasil,gay Buenos Aires,Gay Colombia,GUS

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 Après l’avoir ignorée pendant des décennies, Europe et Amérique du Nord  s’enthousiasment pour l’Amérique Latine. Cet engouement est encore plus perceptible chez les gays qui fantasment depuis quelques années sur la sensualité légendaire des latinos. Au hit parade des sud-américains les plus « sexys », les brésiliens sortent premiers toutes catégories confondues. Ils cristallisent comme nul autre peuple au monde les fantaisies et les passions des mecs de toute la planète. Plus complexe mais toute aussi sensuelle, l’image projetée par les argentins, à la croisée culturelle de l’Europe et de l’Amérique. Troisième étape,la Colombie, où la douceur des mecs contraste avec la violence de l’histoire récente du pays, des cartels de la drogue aux années sanglantes de guerre civile…

« Le Brésil est un pays où le culte du corps est une véritable religion » nous explique Alexandre, trentenaire carioca. Climat tropical, importance sociale et culturelle des lieux de plage, nudité permanente des premiers indiens qui ont peuplé le pays, sont autant de facteurs qui peuvent expliquer cette obsession pour l’apparence physique. « Les corps sont plus exposés, les relations sont donc plus directes » résume-t-il. « Le sexe, c’est la consécration, la prolongation naturelle du culte du corps. C’est une pratique sans tabou et sans engagement, une activité à part entière dans la vie du brésilien ».  La simplicité des rapports sexuels draine chaque année des milliers de touristes à la recherche de plaisir charnel « facile », que ce soit à Rio de Janeiro, Bahia ou Florianópolis. « Récemment, un américain est venu vers moi et m’a dit : you brazilians fuck like rabbits ! » (1) lâche Marcos, jeune avocat du sud du pays, hilare.  « J’ignore si le sexe est plus facile ici » reprend-t-il. « Ce qui est certain, c’est qu’au Brésil, les étrangers se sentent plus beaucoup plus libres d’aborder un mec que dans leur propre pays. Ils se lâchent ici comme nulle part ailleurs. Au final, ils sont peut être autant responsables de notre réputation que les brésiliens eux-mêmes ». Marcos reconnaît néanmoins que l’hystérie qui caractérise souvent le milieu gay des « pays du nord », n’a pas cours au Brésil. « Le jeu de séduction est rapide, on n’aime pas perdre de temps. Si un mec nous plait, on fonce » résume-t-il. 

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Autre caractéristique du Brésil, l’importance endémique de la prostitution. « Dans un pays aussi pauvre, le corps est parfois le seul moyen dont dispose un mec pour se valoriser et pour sortir de la galère » explique Alexandre. Du coup, la prostitution, qu’elle soit occasionnelle ou permanente, est ici une activité presque comme une autre. « Les jeunes mecs qui sortent avec des européens ou nord-américains recherchent un confort matériel bien sûr. Mais ils sont également flattés d’être convoités par un touriste du premier monde » ajoute Marcos. 

Changement de cadre, direction Buenos Aires, Argentine. Les plages du Brésil sont à moins de trois heures de vol mais l’ambiance est totalement différente. La capitale argentine est considérée comme la ville la plus « européenne » du continent. Les vagues d’immigration essentiellement italiennes et espagnoles qui ont peuplé le pays sont venues se mêler aux peuples amérindiens, habitants historiques du pays, générant une diversité « ethnique » inédite en Amérique du Sud. Résultat de cette diversité, une production de « bombes sexuelles » en quantité industrielle. Tout comme ses « cousins » d’Europe du sud, l’Argentine est un pays très machiste, où l’apparence et le « qu’en dira-t-on » régissent en permanence les relations sociales. « Comme en Italie, les mecs se retrouvent coincés entre leurs désirs et l’énorme pression que leur font subir leur famille, la religion et l’humour homophobe récurrent des médias » nous explique Jorge, jeune cadre assumé de la capitale. Pris entre ses contradictions, l’Argentin est un être paradoxal. « Il possède la fougue passionnelle du latin entre les draps mais devient très réfléchi lorsqu’il s’agit des sentiments » résume Carlos, étudiant en design. Les relations entre mecs sont donc souvent complexes et « frôlent parfois l’hystérie !» plaisante-t-il. Et ce n’est sans doute pas un hasard si Buenos Aires se caractérise par la plus forte densité de psychologues de la planète. Plus surprenant, les traits machistes de la société ont réussi à s’immiscer dans la culture gay locale : les mecs sont hantés par la peur d’être assimilés à une « folle », la risée de tout un peuple.

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 En Argentine, l’homo ne dérange pas s’il est masculin, viril et… discret. Discrétion oblige, les mecs fréquentent régulièrement les cinés pornos, lieux de rencontres gay incontournables de la ville. Les choses sont néanmoins en train de changer. « On voit de plus en plus de couples de même sexe s’affichant main dans la main dans les rues de San Telmo (2)» note Jorge. Et le pays de Maradona accueillera même le Mondial de football gay en septembre prochain ! 

En Colombie, pays où la ferveur catholique est l’une des plus intenses du continent, stabilité et fidélité régissent les relations entre mecs. « Ici, il est rare et plutôt mal vu de changer de partenaire toutes les semaines » résume José, jeune étudiant de Cali, la 3ème ville du pays. Les couples homos calquent souvent leur mode de vie sur la structure traditionnelle des couples hétéros, y compris dans les quartiers branchés de Bogotá, la ville la plus ouverte du pays. Même dans la capitale, où le clubbing gay est en train d’exploser, « les mecs hésitent encore à partir avec le premier venu, par peur d’être agressés ou dérobés une fois sortis de la boite » explique José. « On attache beaucoup d’importance à la tendresse dans une relation avec un mec » ajoute son ami Cristian. La tendance est néanmoins à la libéralisation des mœurs dans un pays où une loi d’union civile a récemment été approuvée par le parlement (une première en Amérique du sud !), et où les lieux de rencontre se développent après des années de guerre civile au cours desquelles les homos étaient parfois pris à partis par des groupes paramilitaires désireux de « nettoyer » le pays… 

Comment les latinos vivent-ils leur popularité sur le vieux continent ? « Bien sur, ca fait plaisir de savoir qu’on a la cote en Europe » affirme Marcos. Même s’ils restent méfiants vis-à-vis d’une mode qui s’alimente d’une flopée de préjugés. « Au delà des idées préconçues sur notre « sex-appeal », se cachent des individus avec un caractère singulier et une complexité qui nous est propre » conclut-il, dans un sourire. 

(1)   : Vous les brésiliens, vous baisez comme des lapins !  (2)    : San Telmo, quartier historique et touristique de Buenos Aires



BUENOS AIRES, SON TANGO, SES GAUCHOS ET… SES PORNOS ! (publié dans PREF – Sept. 07)
25 août, 2007, 23:57
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,PREF

pref21.jpgBuenos Aires serait-elle en passe de devenir le nouvel eldorado du porno gay? Si on est encore loin de la productivité d’Europe de l’Est ou du Brésil voisin, le genre cinématographique est en plein boom au pays des gauchos. Les maisons de productions locales se développent et les « multinationales » du X américain changent d’hémisphère pour filmer leurs dernières productions.   

Premier facteur de cet engouement récent pour l’Argentine, un brassage de population qui donne l’une des plus fortes concentrations mondiales de bombes sexuelles au km2. Nul besoin d’une étude statistique de l’INSEE pour le savoir, une balade d’une demi-journée dans les rues de Buenos Aires vous en convaincra aisément. Les vagues d’immigration successives qui ont peuplé le pays, en provenance d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne ou de Pologne ont généré une diversité « ethnique » complètement inédite en Amérique du Sud. Sur un même trottoir, vous croiserez des bruns ténébreux, des adonis blonds aux yeux clairs et des machos au regard de brute. Le culte du corps étant ce qu’il est dans ce coin de la planète, tout ce beau monde passe son temps en salle de gym, histoire de satisfaire un narcissisme latin souvent excessif. Plus surprenant, les hétéros se montrent souvent plus obsédés que les gays par leur image et leur physique. A croire que le terme metrosexuel ait été inventé pour décrire les jeunes mâles argentins… 

Deuxième atout de taille, un taux de change hyper favorable (un euro = quatre pesos argentins) qui rend acteurs et techniciens extrêmement bon marché dans un secteur ou le « cost killing » règne en maitre. N’est-ce pas avant tout pour des raisons de coût que les maisons de productions occidentales s’étaient ruées vers les pays de l’Est à la fin des années 1990 ? 

Dario Marxxx, le producteur de X gay le plus important du pays nous confirme la tendance : « Outre nos productions locales qui sont désormais distribuées sur le marché américain (1), plusieurs gros labels yankees comme Falcon ou Zane sont venus filmer ici. ». Sa jeune entreprise, American Top Argentina, a déjà édité quatre films, un cinquième est sur le point de sortir. Parmi les meilleures ventes, figurent « Une Nuit à Buenos Aires »(2001), le premier porno gay argentin jamais réalisé, et plus récemment « El cumple de Lucas », best seller du label, qui nous raconte la jolie fête d’anniversaire que ses amis offrent au beau Lucas.  Des productions qui apportent d’ailleurs un peu de fraicheur au genre. Contrairement au X américain, qui compile souvent des scènes d’ « action » sans lien entre elles, les productions argentines réhabilitent la portée excitante du scénario. Toutes les scènes sont donc reliées par un fil conducteur. Les dialogues dépassent les simples gémissements ou les « suck my dick » (« chupame la pija ») de rigueur. Et parviennent à rendre les protagonistes et leurs exploits encore plus excitants. Côté casting, on retrouve la variété ethnique du pays, et un style de mecs « réels », plus proches des productions françaises que des gym queens américaines ou tchèques. Cerise sur le gâteau, les acteurs donnent vraiment l’impression de s’éclater, ca nous change des blasés de Bel Ami. 

Le développement récent du porno gay se butte néanmoins à des difficultés qui reflètent la structure encore très conservatrice de la société argentine. «A l’inverse du marché américain où Calvin Klein, D-Squared et Abercrombie & Fitch se battent pour apparaître dans les pornos gay, ici il est impossible de trouver des marques de fringues ou des salles de gym prêtes à sponsoriser nos productions » raconte Dario. « Les marques craignent encore d’être pénalisées si elles sont associées à des produits destinés aux gays » ajoute-t-il. Autre obstacle, la recherche des acteurs. Le poids de la religion et l’homophobie qui en découle dissuadent souvent les candidats éventuels de se présenter aux castings. Les choses sont néanmoins en train de changer. « Pour notre première production, en 2001, un jeune mec, employé d’une maison d’édition catholique avait souhaité être filmé masqué. Ce même acteur sera la tête d’affiche de notre prochain film ! ». Votre bite dans une main et la télécommande dans l’autre, vous aviez connu les pentes neigeuses du Colorado, les pavés de Prague, les plages du Brésil…En route pour une nouvelle destination de charme : Buenos Aires, Argentina ! 

(1)   Pour l’Europe, il faudra encore patienter. A moins de commander directement les productions par le biais du site internet d’American Top Argentina : www.americantop.com.ar 



« Notre » PACS – Interview de César Cigliutti, Président de la Comunidad Homosexual Argentina (publié dans Illico – Juillet 2005)
4 juillet, 2005, 14:46
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,Illico

En 2003, Buenos Aires devient la première ville d’Amérique du Sud à reconnaître légalement les couples homos. Pour Illico, César Cigliutti, Président de la CHA (Comunidad Homosexual Argentina), mouvement homosexuel à l’origine du texte de loi, revient sur cet événement sans précédent en Amérique Latine. 

Que permet l’actuel texte d’Union civile en vigueur dans la ville de Buenos Aires ? 

L’Union Civile est une figure juridique en grande partie calquée sur le PACS français. Comme votre PACS, il est ouvert aux couples homos et hétéros. Il légalise une union à caractère laïque conclue entre deux personnes indépendamment de leur sexe ou de leur tendance sexuelle. Il apporte aux bénéficiaires une plus grande stabilité juridique et certaines prérogatives dont la plus importante est la protection sociale. Mais c’est surtout le poids symbolique de cette mesure qui compte pour nous. Cette loi municipale a eu un impact positif et national sur l’acceptation des homosexuels dans une société ou le catholicisme est encore religion d’Etat.    

Quels souvenirs gardes-tu du vote ? 

Le vote a eu lieu en 2003, lors de la dernière session parlementaire de l’année. Plusieurs élus ont essayé de retarder le débat afin de reporter le vote à l’année parlementaire suivante. Nous avions en tête l’échec du premier débat sur le PACS en France et nous craignions un absentéisme qui aurait été fatal au bon déroulement du vote. Nous avons donc décidé de faire signer un engagement à chacun des élus afin qu’il promette de rester dans l’hémicycle jusqu’au moment du vote. Les débats ont commencé à 14h00 mais le vote final a eu lieu à 5h du matin ! La presse du monde entier était présente. Le lendemain, le projet faisait les gros titres de toute la presse argentine. Pour la première fois, les couples homosexuels obtenaient une reconnaissance légale en Amérique du Sud. 

Comment avez-vous contenu la forte opposition de l’Eglise  au projet ? 

Nous avons décidé d’ancrer notre discours dans le seul domaine des droits civils. Notre projet était une réponse à un vide juridique qui créait de fortes injustices sociales. Nous avons mis en avant des cas extrêmes d’injustice afin de convaincre l’opinion publique de la nécessité de cette réforme. En enracinant ce projet dans une problématique civile et juridique, nous avons fortement réduit l’espace d’expression et d’indignation de l’Eglise catholique. 

Quelles sont les prochaines étapes de votre combat 

Nous travaillons actuellement sur un nouveau projet de loi, à application nationale cette fois-ci. Ce projet est beaucoup plus ambitieux que le texte actuel. Il contient 134 articles contre 10 dans le texte en vigueur ! Quelles sont les grandes lignes de ce projet de loi ? 

Il prévoit notamment l’adoption par des couples de même sexe. Il devrait également apporter un ensemble de nouveaux droits, comme une pension de veuvage pour le partenaire survivant par exemple. Il facilitera également les démarches de transmissions de biens et d’héritages au sein des couples homosexuels. Afin de préparer le terrain au débat, nous avons fait appel à plusieurs grands psychologues argentines indépendants qui nous ont aidé à réaliser un rapport qui légitime l’adoption par les couples de même sexe. Nous avons également obtenu le soutien de nombreux juristes reconnus au niveau national. Si ce projet aboutissait, il ferait de l’Argentine l’un des pays les plus « gay-friendly » de la planète ! 


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