Le blog d’info d’Hervé Segata

GO SOUTH WEST ! (publié dans GUS Magazine, n°41- Mai-Juin 2009)
24 mai, 2009, 5:33
Classé dans : Argentine,bonheur,Buenos Aires,Colombie,gay brasil,GUS

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L’enquête annuelle sur le bonheur dans le monde, réalisée par l’orgnisation britannique New Economics Foundation (1), a, cette année encore, placé huit pays d’Amérique Latine dans les dix pays les plus heureux de la planète. Les pays « industrialisés » figurent en retrait dans le classement (France 129éme, Etats-Unis 150éme). Les sud-américains sont-ils vraiment plus heureux que nous ? Comment cultivent-ils leur joie de vivre ? Enquête dans le Nouveau Monde. 

« Pura vida ! » (2) me lance Hernán, surfeur costaricien. C’est ainsi qu’on se salue au Costa Rica, toute génération confondue. Plus qu’un salut, c’est une philosophie de vie, un « carpe diem » version latino. Ou comment profiter au mieux de la vie et du moment présent. Une philosophie que l’on retrouve, à des degrés divers, sur tout le continent, des Andes colombiennes aux plages brésiliennes, en passant par la pampa argentine.   

 « La majorité des gens ici font face à une vraie précarité. Ils ne cherchent pas à combler des besoins débiles. La lutte est parfois le meilleur antidépresseur » explique Gilles, français expatrié depuis une sept ans au Venezuela puis en Argentine. L’absence de protection sociale et d’Etat providence génère une plus grande solidarité, palpable au sein des familles, à travers les générations, entre amis, ou dans la rue. « Les gens savent qu’ils peuvent avoir, à tout moment, besoin de l’autre. Tout comme ils sont eux-mêmes toujours prêts à aider les autres» ajoute Cristian, jeune étudiant colombien de Cali. La solidarité comme un moyen de vivre mieux, en quelque sorte. 

Alors, les latinos plus heureux que les européens ? Pour Darío Anobíle, psychologue argentin, l’explication est en grande partie sociale et… hormonale ! « Structurellement, il n’existe aucune différence entre un européen et un sud-américain. Nous avons tous la même propension à travailler, à aimer, à nous développer. Cependant, le sud-américain nait généralement dans un environnement social plus pauvre que l’européen » explique Darío. « La privation de jouets, de livres et de biens matériels décuple l’imagination de l’enfant et fait du corps sa principale source de plaisir ». Résultat de ce processus, des enfants plus actifs, plus vifs. Autrement dit, en Amérique Latine, le manque et la frustration sont générateurs de désirs plutôt que des motifs d’angoisse ou de perte de confiance, comme c’est souvent le cas en Europe. 

Beaucoup de latinos comptent presque exclusivement sur le corps pour leur procurer du plaisir (en particulier dans les zones tropicales du continent), n’ayant souvent qu’un accès limité à la société de consommation. Le corps, comme seul stimulateur, libère en grande quantité différentes hormones dites « de plaisir » telles que l’endorphine, la DHEA (« l’hormone qui rend amoureux »), ou encore la sérotonine (« hormone anti dépression »). « Un sud-américain moyen sécrète en plus grande quantité ces substances hormonales qu’un européen, qui a peu a peu perdu ce rapport au corps, au profit souvent d’une recherche matérielle. L’européen est souvent obligé d’absorber des produits chimiques (antidépresseurs) qui lui permettent a son tour de libérer ces hormones en quantité suffisante pour ne pas tomber dans la dépression. «Cette différence hormonale nous confirme que la société de consommation n’est certainement pas un facteur de stabilité émotionnelle et de joie de vivre. » ajoute Dario. 

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 « Ici, les codes sont moins nombreux, moins lourds » commente Gilles. Et cela se ressent à tous les niveaux. « A Paris, personne ne vient sonner à ta porte si cela n’a pas été convenu une semaine a l’avance. Ici, les gens se rendent visite plus spontanément ». Côté gay, on retrouve cette spontanéité et cette absence de codes dans les lieux de sortie. « Les gens se lâchent plus ici. Profiter de l’instant présent est une préoccupation quotidienne. Le qu’en dira-t-on a beaucoup moins d’importance » explique Vitor, un brésilien qui a longtemps vécu en Europe. 

Autre caractéristique que l’on retrouve dans toute l’Amérique du sud : l’humour. C’est une composante nécessaire à toute relation sociale, que cela soit avec son mec, ses amis ou le commerçant du coin. Exemple au pays de Mafalda. « Malgré les difficultés économiques récurrentes que notre pays connait, on essaye de garder notre joie de vivre et notre énergie. L’Argentin est cynique mais jamais blasé ! » résume Carlos, étudiant en design à Buenos Aires. 

Pour Marcos, joli trentenaire brésilien, « les européens viennent chercher ici une authenticité qui n’existe plus en Europe ». Authenticité dans les rapports humains, dans les lieux de vie. Ils viennent chercher ce qu’ils n’ont pas su conserver là bas. « Mais c’est peut-être une question de temps. Cette authenticité finira probablement par disparaitre chez nous également» ajoute-t-il. 

En attendant, une flopée d’européens et de nord-américains débarquent sur le continent à la recherche d’une nouvelle vie, plus légère et intense a la fois. « La surprise est au coin de chaque rue » nous explique Dave, de New York. Il a choisi de vivre au Brésil parce qu’il sent que tout y est plus intense, moins structuré, moins cadré. « En tant que gay, je sens aussi que les rapports humains sont plus directs, plus simples. Bien loin de l’hystérie des drama queens new yorkaises ! » 

Même face à la crise économique actuelle, les sud-américains paraissent moins désemparés que leurs cousins du « Premier monde ». La crise financière n’effraie pas dans les mêmes proportions d’un hémisphère á l’autre. «  Des crises, on en a connu beaucoup, notre économie est tellement cyclique. On se dit que rien ne pourra jamais être pire que la crise de la fin 2001. Il existe toujours des moyens de s’en sortir » résume Carlos, qui se souvient qu’en moins d’une semaine, trois présidents de la république se succédèrent pour tenter d’enrayer le chaos social qui régnait en Argentine. 

Les problèmes en Amérique du Sud sont nombreux (pauvreté, insécurité, corruption, tolérance des gays à géométrie variable) et souvent plus aigus que ceux que doit affronter le vieux continent. Il ne s’agit pas de tomber dans une idéalisation naïve du nouveau monde. Mais les raisons d’espérer et de rêver y sont encore nombreuses. « On a l’impression que tout est encore possible ici » conclut Dave. 

(1) : Happy planet Index (HPI) – Etude annuelle du New Economics Foundation. www.neweconomics.org  (2) : pourrait être traduit par la « vie intense ». 



« L’AUTRE AMÉRIQUE » : 3 DESTINATIONS HORS DES SENTIERS BATTUS. (paru DANS PREF MAG #29 – Nov 2008)
23 octobre, 2008, 6:19
Classé dans : Argentine,Colombie,Florianopolis,gay brasil,Medellin,Rosario

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Rio de Janeiro, Buenos Aires, Punta del Este… L’Amérique du Sud est depuis quelques années une destination en vogue. PREF, qui ne fait jamais rien comme les autres, vous propose d’aller un peu plus loin, et de découvrir d’autres villes de ce continent magique, moins connues, moins mythiques, mais qui valent assurément le détour. Un petit tour en trois étapes. Sur les bords du Paraná á Rosario, en Argentine, les pieds dans le sable de Florianópolis au Brésil, puis la tête dans les nuages qui s’accrochent aux cimes de Medellin, en Colombie.

ARGENTINE : Rosario, les pieds dans l’eau                                                                                                           

A quatre heures de route Buenos Aires, dans la province de Santa Fé, Rosario, capitale agricole du pays étend ses immeubles le long du fleuve Paraná. C’est la troisième ville la plus peuplée d’Argentine.  Elle est connue pour abriter le fameux monument au drapeau, un site historique d’inspiration néo-classique qui commémore la création du drapeau argentin et par extension l’indépendance de l’Argentine. Les bords du fleuve Paraná ont été aménagés en petites plages sauvages qui rendent l’été fort agréable dans cette ville au climat sec. Les habitants ont pris l’habitude de rompre leur routine urbaine en venant se prélasser au bord du « río ». On y accéde en prenant un bateau bus, qui en plus vous permet d’admirer la « skyline » de la ville. Et lorsque vous vous promenez sur la plage, vous vérifierez rapidement la réputation des habitants de la ville, connus pour être les plus sexy d’Argentine. La densité de bombes sexuelles est l’une des plus élevées d’Amérique du Sud. Attention, les argentins sont sexy, machos et adorent séduire… Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils soient partants pour aller plus loin… Si vous souhaitez néanmoins tenter une approche avec un « rosarino », vous pourrez le faire dans l’excellent club gay de la ville, « Gotika ». Deux vastes pistes de danse pleines à craquer le samedi (beaucoup d’argentins de Buenos Aires et Cordoba viennent régulièrement passer le week-end ici) et un grand patio très agréable en été, qui permet d’entamer la conversation sans détruire le tympan de votre interlocuteur. En plus, les gens sont ici accessibles et souriants, ce qui ne gâche rien.

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Informations Rosario : 

Club GOTIKA – http://www.gotikacityclub.com.ar/

Ville de Rosario : www.rosarioturistica.com.ar/turismo 

BRESIL: Florianópolis, Ilha da magia. 

Rio de Janeiro est une ville à part, une destination mythique. Mais parfois les mythes, ca fait peur  ou pire, ca ennuie. Si c’est votre cas, nous vous recommandons de visiter sa petite cadette… Florianópolis ! Une ile située au sud du Brésil entre Porto Alegre et Curitiba, un petit écrin vert et azur…

Moins sophistiquée et agitée que Rio, l’ile de Florianópolis (Floripa pour les intimes) offre une variété de plages et de paysages totalement inédits dans cette partie de Brésil. La nature est omniprésente et les chemins côtiers permettent de prendre un peu d’altitude et d’apprécier la beauté des plages. Si le lieu est encore peu connu en Europe et aux Etats-Unis, c’est un endroit de villégiature très en vogue chez les brésiliens et le reste des pays du Mercosur.  Chaque plage a une identité sociale forte. Jurere international pour les acteurs de telenovelas et les people glamour, Joaquina pour les surfeurs et les sportifs de plein air, Ingleses pour les touristes argentins, Campeche pour les amoureux de la nature et du calme. Last but not least, la praia Mole (prononcer « Moli »), l’une des plus belles de l’Ile est le repère des gays. « Ici, on dit que c’est la deuxième plage gay du Brésil après Ipanema » nous explique Joao, un surfer local. En été, la plage est bondée et l’ambiance est loin d’être aussi coincée qu’a Ipanema. Les gens sont plus détendus, plus souriants. Les pieds dans le sable, vous pouvez déguster une caipirinha au Bar do Deco, une paillote située en bout de plage. L’Ile reçoit chaque année un important flux de touristes brésiliens provenant des grands centres urbains voisins comme Sao Paulo, Porto Alegre et Curitiba, à la recherche d’une alternative aux plages Carioca.

Afin de circuler plus facilement et d’apprécier toute la diversité des plages, il est fortement recommandé de louer une voiture. Pour les plus routards, un service de bus relativement efficace permet également de passer d’une plage à l’autre.

Et si la plage ne vous suffit pas, la ville dispose également de quelques bons endroits de sortie. On vous conseille notamment « Concorde », LA boite gay de la ville. Si vous n’avez pas osé aborder un beau surfeur sur la plage Mole, ce sera peut être le lieu de la deuxième chance…Particularité de l’endroit : une partie de la piste est une plateforme circulaire qui tourne sur elle-même. Et permet de vous montrer sous toutes les coutures. C’est drôle même si on a parfois l’impression de se transformer en Fiat Uno en exposition au Mondial de l’auto

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Informations Florianópolis :

http://www.gaytravelbrazil.com/florianopolis/home.html 

http://www.guiafloripa.com.br 

COLOMBIE : Medellin, dynamique et vertigineuse.

Medellin, un nom qui fait frémir. Pendant longtemps, Medellin, ce furent les cartels de la drogue, Medellin, ce fut Pablo Escobar, le narcotrafiquant le plus médiatique de la planète, abattu en direct  à la télévision par l’armée colombienne dans les années 90. Mais Medellin a changé. Les cartels ont été dissous depuis longtemps et l’ambiance est redevenue paisible. La violence encore associée à cette ville (magnifiée dans « La vierge des tueurs », livre de Fernando Vallejo, adapté au grand écran par Barbet Schroeder) effraie les touristes qui ne sont que très peu nombreux à s’aventurer en Antioquia (département dont Medellin est la capitale). Et pourtant cette ville énorme (la deuxième plus importante de Colombie derrière Bogotá) vaut le détour. Imposant centre urbain au cœur d’une vallée bordée de montagnes imposantes, coupé en deux par un large fleuve éponyme, Medellin est en pleine mutation. Parcs thématiques, musées interactifs, bars branchés, défilés de mode, transports urbains modernes, la ville semble déterminée à fermer le chapitre de la drogue et de la violence pour s’abandonner à la créativité de ses habitants. La ville natale de Botero s’impose peu à peu comme la capitale artistique et culturelle du pays. Du haut des montagnes voisines ou du funiculaire urbain, on prend conscience de la mosaïque sociale qui compose Medellin, où tours ultramodernes jouxtent de modestes maisons de briques.

Pendant prés de deux siècles de colonisation espagnole, Medellin a reçu un flot constant de migrants européens. Cette vague migratoire a généré un melting pot qui confère à la ville un autre atout très particulier… La beauté de ses habitants. Medellin, c’est le berceau de la grande majorité des mannequins, filles et garçons, de Colombie. Toute colombienne normalement constituée rêve de rencontrer un beau paisa (nom donné aux habitants de l’Antioquia), un classique des télénovelas locales.  Les gens ici sont accueillants, fiers de leur ville et plus fiers encore de pouvoir vous la faire découvrir. Un tempérament méridional loin de la froideur de Bogotá. L’autre bonne nouvelle, c’est que la vie gay paisa est en plein boom. Parmi les bons plans, on vous recommande le bar San Marcos, une grande maison ancienne et son patio très agréable (forte fréquentation le dimanche soir). Coté clubbing, deux adresses á la mode : Splash, boite électro située dans une zone industrielle, ou se retrouvent beaucoup de mecs mignons qui se saoulent en buvant cul sec de l’Agua ardiente, la boisson locale. Et l’incontournable, « Viva », la plus récente et la plus grande boite gay de la ville. Plus « mainstream » que la précédente, elle est réputée pour ses productions et pour la qualité de ses shows, le lieu idéal pour s’initier à la « rumba » colombienne.

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Informations Medellin :  http://gay.com.co/news/127/ARTICLE/1096/2008-10-02.html http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendID=228190573



COLOMBIE : L’HISTOIRE VRAIE DE MARCELINO, « RASPACHIN » DANS UNE EXPLOITATION DE COCA.
22 février, 2008, 17:30
Classé dans : Colombie,FARC,Ingrid Bétancourt,raspachin

« Bienvenu à Villavicencio ! » me lance Marcelino, jeune chauffeur du taxi dans lequel je viens de monter. La petite ville se trouve à plus de deux heures de route au sud-est de Bogotá. Notre voyage sur les petites routes du Meta va durer plus de 4 heures. De quoi lui laisser le temps de me raconter son expérience de la guérilla.

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Marcelino a travaillé plusieurs années dans une importante exploitation de coca, comme « raspachin », le surnom donné aux travailleurs qui s’abiment les mains pour détacher la feuille de coca de son arbuste.

« La bas, je touchais 30 000 pesos colombiens par jour (15 USD environ), contre 6 000 pesos dans une exploitation normale ». Sans compter les primes que le raspachin gagne en fonction du rendement, et qui lui permettent parfois de doubler son salaire journalier. Le calcul est vite fait. Il s’absentait parfois plus de deux ans sans voir ses proches pour travailler dans l’exploitation. Pour le propriétaire de l’exploitation, c’était le jackpot assuré. « Il pouvait amasser jusqu’à 75 000 USD en 3 mois ! ». Je lui fais répéter la somme plusieurs fois.

« Dans notre exploitation, nous étions une centaine de travailleurs » continue Marcelino. Hommes, femmes et enfants. « Nous travaillions de cinq heures du matin à cinq heures du soir ». Le camp ressemblait apparemment à un petit village presque comme les autres. On y trouvait des épiceries, des bars, des commerces. Seule nuance, il se situait au beau milieu de la jungle, à plus de 15 heures à pied de la route la plus proche. « Quand tu étais malade, aucune assistance, aucun soin sur place, il te fallait redescendre au plus vite dans la vallée ».

La production était vendue aux FARC qui avaient l’exclusivité de l’achat. Un exploitant qui se serait aventuré à vendre à d’autres milices aurait été exécuté sur le champ. Les FARC se chargeaient ensuite de l’exportation. Par quelle filière ? Le secret est bien gardé, Marcelino n’en a aucune idée. « Peut être que Chavez leur file un coup de main !» glisse-t-il dans un éclat de rire.

Les militants de la guérilla, Marcelino les connait bien. La plupart du temps, ce sont des paysans très pauvres et sans éducation. Des gens qui n’ont pas grand à chose à perdre en s’engageant. Seule une petite frange des engagés est constituée d’idéalistes politisés. « Certains le font pour apaiser leur soif de guéguerre et d’armes à feu » ajoute-t-il.

Mais cela fait déjà huit ans que Marcelino a abandonné l’exploitation de coca. Depuis le début des années 2000, les gouvernements colombiens en place, appuyés logistiquement et financièrement par Washington, ont mené une politique répressive et incitative afin que les exploitants renoncent aux cultures « illicites ». Une politique qui a connu un certain succès.

Beaucoup de travailleurs ont du revenir à une routine de travail plus classique et bien moins rémunératrice. « Certains sont devenus taxis comme moi, d’autres ont ouvert des commerces, certains sont retournés travaillés dans des exploitations agricoles». Quant aux exploitants, ils se sont racheté une honorabilité en devenant d’importants propriétaires terriens ou des éleveurs de bétail. Mais le trafic est loin d’être terminé. Les choses sont juste devenues un peu plus compliquées pour les milices. Les FARC et les paramilitaires continuent à se disputer le contrôle du trafic. Et malgré les belles annonces du président Uribe, beaucoup d’hommes politiques et de notables sont encore directement liés à l’argent de la drogue. Mais les colombiens, fatigués par des années de guérilla et de violence, préfèrent souvent fermer les yeux pour profiter de la paix civile relative qui s’est installée dans le pays.

Marcelino, comme l’immense majorité des colombiens rejettent les « secuestros » des FARC. Mais s’indigne que les médias ne parlent que « d’Ingrid ». « Elle s’est jetée dans la gueule du loup, elle avait conscience du danger, on lui avait même interdit le déplacement ». Marcelino déplore que personne ne parle des militaires qui ont été enlevés alors qu’ils ne faisaient que leur travail. Le peuple colombien a parfois du mal à accepter que la fortune de la famille Bétancourt et la double nationalité d’Ingrid fassent oublier les centaines d’anonymes en prise à la même situation que la Franco-colombienne.

 



« VOLVERTE A VER »(*) : QUAND LA COLOMBIE S’ÉMEUT POUR INGRID BÉTANCOURT
11 décembre, 2007, 6:38
Classé dans : Colombie,FARC,Ingrid Bétancourt,Juanes

Le chanteur colombien Juanes interprète son tube « volverte a ver » en hommage aux otages des FARC, à l’occasion de la grande marche pour la paix, organisée en juillet dernier. Cette manifestation avait réuni des millions de colombiens à travers tout le pays. Une mobilisation nationale sans précédent contre la violence des FARC.

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Je me rends régulièrement en Colombie. Et quelque chose m’a frappé lors de mon dernier voyage sur place. L’opinion publique semble avoir bien évolué sur le cas Betancourt. J’ai ressenti dans les médias et dans mes discussions avec des colombiens, beaucoup plus de compassion sur son sort qu’a l’accoutumée.

Il faut croire que les récentes images qui ont montré la franco-colombienne, fortement amaigrie et les yeux hagards, a profondément choqué l’opinion publique colombienne, d’habitude plus enclin à critiquer sa conduite « irresponsable » au moment de sa capture.

Depuis le jour de son enlèvement, l’ex candidate à la présidentielle avait toujours été considérée par le colombien moyen comme une inconsciente, aveuglée par les enjeux de la campagne dans laquelle elle était engagée. Pour beaucoup, elle s’est jetée presque délibérément dans les griffes des FARC.

A l’époque, le gouvernement en place lui avait même déconseillé cette visite fatale, au point de refuser d’assurer sa protection sur ce déplacement, comme c’est généralement le cas durant une campagne électorale.

Ingrid Betancourt, accompagnée de son assistante de campagne Clara Rojas, avait néanmoins tenu à se rendre dans le département du Caquetá, une zone humide du sud de la Colombie alors fortement contrôlée par les milices des FARC. Un entêtement difficilement explicable quand on sait que l’enlèvement de personnalités politiques (« secuestro ») est une pratique courante qui a cours depuis des décennies en Colombie,

Bien sûr, Ingrid Betancourt est une des nombreuses victimes des FARC, et personne ne remettra en cause l’urgence de la libérer. Mais pour beaucoup de colombiens, avant d’être victime de cette milice immonde, elle a d’abord été victime de son inconscience. Cette facette de l’histoire n’est pourtant jamais traitée dans les médias français.

Ces dernières semaines, la pression sur le président colombien Uribe s’est fortement accrue. Une pression internationale, bien sur, avec les appels des présidents Sarkozy, Chavez, Kirchner (Argentine) et Lula (Brésil). Mais aussi une pression interne, fortement alimentée par une opinion publique choquée par les « preuves de vie » d’Ingrid Betancourt.

Les colombiens ont souvent considéré que la sur-médiatisation du cas Betancourt avait eu tendance à faire oublier les 3 000 personnes toujours retenues par les FARC ou d’autres milices  »révolutionnaires » dans le pays.

Mais les dernières images d’Ingrid semblent les avoir convaincus qu’il était désormais nécessaire que le gouvernement colombien mette tout en œuvre pour libérer cette femme et ses compagnons de galère en danger de mort. Dont acte, puisque le président Uribe vient de proposer la création d’une zone rurale neutre de 150 km2 où pourraient se dérouler les négociations avec les FARC. Une proposition, qui constitue une avancée indéniable de la part d’un gouvernement traditionnellement hostile à la négociation avec les milices terroristes. Une initiative similaire avait été proposée voila deux ans. Sans résultat.

(*) : « Te revoir »


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