Le blog d’info d’Hervé Segata

F***ING LATINOS (publié dans GUS Mag – « The fuck Issue » – Sept. 07)
10 septembre, 2007, 23:33
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay brasil,gay Buenos Aires,Gay Colombia,GUS

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 Après l’avoir ignorée pendant des décennies, Europe et Amérique du Nord  s’enthousiasment pour l’Amérique Latine. Cet engouement est encore plus perceptible chez les gays qui fantasment depuis quelques années sur la sensualité légendaire des latinos. Au hit parade des sud-américains les plus « sexys », les brésiliens sortent premiers toutes catégories confondues. Ils cristallisent comme nul autre peuple au monde les fantaisies et les passions des mecs de toute la planète. Plus complexe mais toute aussi sensuelle, l’image projetée par les argentins, à la croisée culturelle de l’Europe et de l’Amérique. Troisième étape,la Colombie, où la douceur des mecs contraste avec la violence de l’histoire récente du pays, des cartels de la drogue aux années sanglantes de guerre civile…

« Le Brésil est un pays où le culte du corps est une véritable religion » nous explique Alexandre, trentenaire carioca. Climat tropical, importance sociale et culturelle des lieux de plage, nudité permanente des premiers indiens qui ont peuplé le pays, sont autant de facteurs qui peuvent expliquer cette obsession pour l’apparence physique. « Les corps sont plus exposés, les relations sont donc plus directes » résume-t-il. « Le sexe, c’est la consécration, la prolongation naturelle du culte du corps. C’est une pratique sans tabou et sans engagement, une activité à part entière dans la vie du brésilien ».  La simplicité des rapports sexuels draine chaque année des milliers de touristes à la recherche de plaisir charnel « facile », que ce soit à Rio de Janeiro, Bahia ou Florianópolis. « Récemment, un américain est venu vers moi et m’a dit : you brazilians fuck like rabbits ! » (1) lâche Marcos, jeune avocat du sud du pays, hilare.  « J’ignore si le sexe est plus facile ici » reprend-t-il. « Ce qui est certain, c’est qu’au Brésil, les étrangers se sentent plus beaucoup plus libres d’aborder un mec que dans leur propre pays. Ils se lâchent ici comme nulle part ailleurs. Au final, ils sont peut être autant responsables de notre réputation que les brésiliens eux-mêmes ». Marcos reconnaît néanmoins que l’hystérie qui caractérise souvent le milieu gay des « pays du nord », n’a pas cours au Brésil. « Le jeu de séduction est rapide, on n’aime pas perdre de temps. Si un mec nous plait, on fonce » résume-t-il. 

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Autre caractéristique du Brésil, l’importance endémique de la prostitution. « Dans un pays aussi pauvre, le corps est parfois le seul moyen dont dispose un mec pour se valoriser et pour sortir de la galère » explique Alexandre. Du coup, la prostitution, qu’elle soit occasionnelle ou permanente, est ici une activité presque comme une autre. « Les jeunes mecs qui sortent avec des européens ou nord-américains recherchent un confort matériel bien sûr. Mais ils sont également flattés d’être convoités par un touriste du premier monde » ajoute Marcos. 

Changement de cadre, direction Buenos Aires, Argentine. Les plages du Brésil sont à moins de trois heures de vol mais l’ambiance est totalement différente. La capitale argentine est considérée comme la ville la plus « européenne » du continent. Les vagues d’immigration essentiellement italiennes et espagnoles qui ont peuplé le pays sont venues se mêler aux peuples amérindiens, habitants historiques du pays, générant une diversité « ethnique » inédite en Amérique du Sud. Résultat de cette diversité, une production de « bombes sexuelles » en quantité industrielle. Tout comme ses « cousins » d’Europe du sud, l’Argentine est un pays très machiste, où l’apparence et le « qu’en dira-t-on » régissent en permanence les relations sociales. « Comme en Italie, les mecs se retrouvent coincés entre leurs désirs et l’énorme pression que leur font subir leur famille, la religion et l’humour homophobe récurrent des médias » nous explique Jorge, jeune cadre assumé de la capitale. Pris entre ses contradictions, l’Argentin est un être paradoxal. « Il possède la fougue passionnelle du latin entre les draps mais devient très réfléchi lorsqu’il s’agit des sentiments » résume Carlos, étudiant en design. Les relations entre mecs sont donc souvent complexes et « frôlent parfois l’hystérie !» plaisante-t-il. Et ce n’est sans doute pas un hasard si Buenos Aires se caractérise par la plus forte densité de psychologues de la planète. Plus surprenant, les traits machistes de la société ont réussi à s’immiscer dans la culture gay locale : les mecs sont hantés par la peur d’être assimilés à une « folle », la risée de tout un peuple.

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 En Argentine, l’homo ne dérange pas s’il est masculin, viril et… discret. Discrétion oblige, les mecs fréquentent régulièrement les cinés pornos, lieux de rencontres gay incontournables de la ville. Les choses sont néanmoins en train de changer. « On voit de plus en plus de couples de même sexe s’affichant main dans la main dans les rues de San Telmo (2)» note Jorge. Et le pays de Maradona accueillera même le Mondial de football gay en septembre prochain ! 

En Colombie, pays où la ferveur catholique est l’une des plus intenses du continent, stabilité et fidélité régissent les relations entre mecs. « Ici, il est rare et plutôt mal vu de changer de partenaire toutes les semaines » résume José, jeune étudiant de Cali, la 3ème ville du pays. Les couples homos calquent souvent leur mode de vie sur la structure traditionnelle des couples hétéros, y compris dans les quartiers branchés de Bogotá, la ville la plus ouverte du pays. Même dans la capitale, où le clubbing gay est en train d’exploser, « les mecs hésitent encore à partir avec le premier venu, par peur d’être agressés ou dérobés une fois sortis de la boite » explique José. « On attache beaucoup d’importance à la tendresse dans une relation avec un mec » ajoute son ami Cristian. La tendance est néanmoins à la libéralisation des mœurs dans un pays où une loi d’union civile a récemment été approuvée par le parlement (une première en Amérique du sud !), et où les lieux de rencontre se développent après des années de guerre civile au cours desquelles les homos étaient parfois pris à partis par des groupes paramilitaires désireux de « nettoyer » le pays… 

Comment les latinos vivent-ils leur popularité sur le vieux continent ? « Bien sur, ca fait plaisir de savoir qu’on a la cote en Europe » affirme Marcos. Même s’ils restent méfiants vis-à-vis d’une mode qui s’alimente d’une flopée de préjugés. « Au delà des idées préconçues sur notre « sex-appeal », se cachent des individus avec un caractère singulier et une complexité qui nous est propre » conclut-il, dans un sourire. 

(1)   : Vous les brésiliens, vous baisez comme des lapins !  (2)    : San Telmo, quartier historique et touristique de Buenos Aires



BUENOS AIRES, SON TANGO, SES GAUCHOS ET… SES PORNOS ! (publié dans PREF – Sept. 07)
25 août, 2007, 23:57
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,PREF

pref21.jpgBuenos Aires serait-elle en passe de devenir le nouvel eldorado du porno gay? Si on est encore loin de la productivité d’Europe de l’Est ou du Brésil voisin, le genre cinématographique est en plein boom au pays des gauchos. Les maisons de productions locales se développent et les « multinationales » du X américain changent d’hémisphère pour filmer leurs dernières productions.   

Premier facteur de cet engouement récent pour l’Argentine, un brassage de population qui donne l’une des plus fortes concentrations mondiales de bombes sexuelles au km2. Nul besoin d’une étude statistique de l’INSEE pour le savoir, une balade d’une demi-journée dans les rues de Buenos Aires vous en convaincra aisément. Les vagues d’immigration successives qui ont peuplé le pays, en provenance d’Italie, d’Espagne, d’Allemagne ou de Pologne ont généré une diversité « ethnique » complètement inédite en Amérique du Sud. Sur un même trottoir, vous croiserez des bruns ténébreux, des adonis blonds aux yeux clairs et des machos au regard de brute. Le culte du corps étant ce qu’il est dans ce coin de la planète, tout ce beau monde passe son temps en salle de gym, histoire de satisfaire un narcissisme latin souvent excessif. Plus surprenant, les hétéros se montrent souvent plus obsédés que les gays par leur image et leur physique. A croire que le terme metrosexuel ait été inventé pour décrire les jeunes mâles argentins… 

Deuxième atout de taille, un taux de change hyper favorable (un euro = quatre pesos argentins) qui rend acteurs et techniciens extrêmement bon marché dans un secteur ou le « cost killing » règne en maitre. N’est-ce pas avant tout pour des raisons de coût que les maisons de productions occidentales s’étaient ruées vers les pays de l’Est à la fin des années 1990 ? 

Dario Marxxx, le producteur de X gay le plus important du pays nous confirme la tendance : « Outre nos productions locales qui sont désormais distribuées sur le marché américain (1), plusieurs gros labels yankees comme Falcon ou Zane sont venus filmer ici. ». Sa jeune entreprise, American Top Argentina, a déjà édité quatre films, un cinquième est sur le point de sortir. Parmi les meilleures ventes, figurent « Une Nuit à Buenos Aires »(2001), le premier porno gay argentin jamais réalisé, et plus récemment « El cumple de Lucas », best seller du label, qui nous raconte la jolie fête d’anniversaire que ses amis offrent au beau Lucas.  Des productions qui apportent d’ailleurs un peu de fraicheur au genre. Contrairement au X américain, qui compile souvent des scènes d’ « action » sans lien entre elles, les productions argentines réhabilitent la portée excitante du scénario. Toutes les scènes sont donc reliées par un fil conducteur. Les dialogues dépassent les simples gémissements ou les « suck my dick » (« chupame la pija ») de rigueur. Et parviennent à rendre les protagonistes et leurs exploits encore plus excitants. Côté casting, on retrouve la variété ethnique du pays, et un style de mecs « réels », plus proches des productions françaises que des gym queens américaines ou tchèques. Cerise sur le gâteau, les acteurs donnent vraiment l’impression de s’éclater, ca nous change des blasés de Bel Ami. 

Le développement récent du porno gay se butte néanmoins à des difficultés qui reflètent la structure encore très conservatrice de la société argentine. «A l’inverse du marché américain où Calvin Klein, D-Squared et Abercrombie & Fitch se battent pour apparaître dans les pornos gay, ici il est impossible de trouver des marques de fringues ou des salles de gym prêtes à sponsoriser nos productions » raconte Dario. « Les marques craignent encore d’être pénalisées si elles sont associées à des produits destinés aux gays » ajoute-t-il. Autre obstacle, la recherche des acteurs. Le poids de la religion et l’homophobie qui en découle dissuadent souvent les candidats éventuels de se présenter aux castings. Les choses sont néanmoins en train de changer. « Pour notre première production, en 2001, un jeune mec, employé d’une maison d’édition catholique avait souhaité être filmé masqué. Ce même acteur sera la tête d’affiche de notre prochain film ! ». Votre bite dans une main et la télécommande dans l’autre, vous aviez connu les pentes neigeuses du Colorado, les pavés de Prague, les plages du Brésil…En route pour une nouvelle destination de charme : Buenos Aires, Argentina ! 

(1)   Pour l’Europe, il faudra encore patienter. A moins de commander directement les productions par le biais du site internet d’American Top Argentina : www.americantop.com.ar 



ARGENTINE – URUGUAY : LES PAPETERIES DE LA DISCORDE (paru dans NEOSAPIENS Nº1 – avril 2007)
3 janvier, 2007, 0:11
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Papeterie,Uruguay

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Voila presque deux ans que le conflit des « papeleras » fait les gros titres de la presse d’Argentine et d’Uruguay. La polémique a éclaté lorsque la finlandaise Botnia et l’espagnole Ence, décidèrent d’installer deux papeteries géantes en Uruguay, sur les rives du Rio Uruguay, frontière naturelle entre les deux pays. L’Argentine estime que ce projet aurait des conséquences dramatiques sur l’écosystème de sa province d’Entre Rios, et indirectement sur l’activité agricole et touristique de la zone. 

Plusieurs études scientifiques (dont une dela Banque Mondiale, financeur du projet à hauteur de 500 millions de dollars…) affirment que l’impact sur l’environnement est conforme aux normes internationales en la matière. Mais du coté argentin, on conteste ces résultats que l’on juge partiaux. La résistance s’est vite organisée. Elle a d’ailleurs permis l’émergence d’un véritable mouvement citoyen, phénomène inédit dans un pays encore peu familier avec les questions environnementales. Les associations mettent en avant le non respect par l’Uruguay du traité de 1975, qui prévoit l’accord préalable des deux pays pour toute implantation industrielle sur le fleuve. 

« Notre principal moyen d’action, c’est la coupure des ponts et des voies d’accès vers l’Uruguay. Nous sommes capables de mobiliser plus de 5000 personnes en quelques heures pour réaliser un blocus. » explique Alfredo de Angeli, représentant agricole et l’un des leaders du mouvement citoyen « No a las Papeleras ». 

A Montevideo, on estime que la dernière campagne de coupure des ponts a représenté un manque à gagner de plus de 200 millions de dollars pour le pays. Là bas, l’implantation des papeteries est très bien perçue. Une récente enquête publiée par un grand quotidien de Montevideo révèle que 76% de la population appuie le projet. Fort de ce soutien populaire, le gouvernement centre gauche de Tabaré Vasquez refuse toute négociation bilatérale tant que durera le blocus imposé à son pays par les militants argentins. Et met en avant les 12000 emplois que créeraient les usines. Un argument de poids pour ce petit pays de 3 millions d’habitants jaloux des performances économiques du grand frère argentin. 

Ce conflit a créé de fortes tensions entre deux pays historiquement connus pour leur relation pacifique et leur forte interdépendance économique. Le thème est devenu un incontournable des sommets multilatéraux sud-américains. Le Roi Juan Carlos d’Espagne, conscient de la menace que représente ce conflit sur le fragile équilibre du Mercosur (les deux pays en question en sont des membres fondateurs), a même accepté de jouer le rôle de médiateur. Avec un certain succès, puisque l’espagnole Ence a décidé de déplacer son projet vers une autre région, loin de la polémique. Rien n’indique que Botnia suive le même chemin. « Pour nous, il n’y a pourtant pas d’alternative possible, ce projet doit être définitivement abandonné » conclut De Angeli. 

Pour plus d’infos sur le sujet : www.noalapapelera.com.ar, www.clarin.com.ar, www.lanacion.com.ar 



USHUAIA, OU LE MYTHE EXPLOITÉ… Á L’EXTREME. (paru dans PREF Mag nº8)
3 juillet, 2006, 5:06
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,PREF,Ushuaia

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« Ushuaia », programme télé animé par un écolo-chiraquien convaincu. « Ushuaia », gamme de gels douche pour occidentaux en mal d’exotisme. Mais avant de devenir un produit dérivé protéiforme, Ushuaia c’est d’abord le nom d’une destination mythique. Pour ses paysages de carte postale bien sûr, mais surtout pour son titre de ville la plus australe du monde.

Au sud, tout au sud, à la pointe sud de l’Argentine. L’arrivée en avion est spectaculaire. Après avoir survolé le détroit de Magellan, l’appareil frôle les dernières cimes de la Cordillères des Andes. Puis débouche sur la baie d’Ushuaia, bordée par le Canal Beagle, large couloir maritime reliant Atlantique et Pacifique. De là haut, le mythe est intact. Plus pour longtemps… Malgré la rigueur du climat et un sentiment d’isolement bien réel, Ushuaia attire depuis plusieurs décennies des argentins qui ont choisi de fuir la misère économique du nord du pays. Dans les années 1980, c’est l’implantation de dizaines d’usines et d’entreprises électroniques de pointe qui transforme ce gros bourg de 65 000 habitants en un pôle de croissance exemplaire dans un pays alors en plein boom économique. Puis l’ère Menem, synonyme de corruption généralisée et de dilapidation du patrimoine économique national, entraîne progressivement le pays vers une faillite historique. Ushuaia subit de plein fouet la crise et les fermetures d’usines se succèdent. Apparaissent des zones de bidonvilles aux abords de la ville, oú les conditions de vie sont aggravées par la rigueur du climat. Le miracle économique tourne au cauchemar social.  Dans un tel contexte, l’option touristique devient la nouvelle religion des autorités locales qui misent tout sur ce filon pour relancer l’activité économique de la zone. La ville et le Ministère du Tourisme communiquent à fond sur le mythe du bout du monde. Et ça marche. On le constate sur place, l’offre touristique se développe et se structure. Les grues envahissent la ville pour accroître le parc hôtelier. Les agences de voyages poussent comme des champignons et offrent des packages tout compris pour aventuriers en Lacoste. L’aéroport est agrandi et rénové. L’office de tourisme local s’enorgueillit d’être le plus performant du pays. Malgré les vents froids qui balayent la ville en permanence, le mythe de l’extrême sud attire désormais des milliers de touristes du monde entier. A l’image des paquebots géants qui accostent et déversent leurs flots de gros texans à casquette qui se ruent dans les magasins de souvenirs kitchissimes de la rue San Martin. Les habitants de la ville ont parfaitement su intégrer cette dimension mythique dans leur business. Le moindre restaurant vous propose ses carottes râpées ou son omelette du bout du monde… Et les tee-shirts, casquettes et pingouins en peluche estampillés « fin del mundo » se vendent comme des petits pains (du bout du monde). L’office du tourisme distribue même aux visiteurs un diplôme du bout du monde qui viendra joliment orner le mur du salon, coincé entre la reproduction d’un Van Gogh et une photo de Mamie à Disney Land. Même ici, à l’extrême sud de notre planète, l’aventure a été canalisée, packagée et maîtrisée pour se rendre accessible au plus grand nombre : virée en paquebot climatisé pour apercevoir les colonies de pingouins, petit train du far West qui sillonne le (magnifique) parc naturel de la Terre de Feu… Du coup, malgré la beauté incontestable des paysages de Patagonie, on est un peu déçu en déambulant dans les rues d’Ushuaia. La ville du bout du monde, on l’imaginait forcement différemment. Plus sauvage, plus intime, plus mystique. 

Plusieurs bagpackers me confient leur frustration. « Le mythe a du plomb dans l’aile » me glisse un routard suisse. « Une entreprise touristique, tournée vers l’exploitation du rien du tout » s’énerve son compagnon de route suédois. Certains d’entre eux ont effectué plus de 1000 km à vélo pour traverser la fade aridité de la Pampa et atteindre ce coin du monde. Ceux-ci plus que les autres ont l’impression d’être tombés dans le piège du mythe. Et la photo de rigueur près du panneau touristique « Ushuaia, kilomètre zéro, bienvenue dans la ville la plus australe du monde » est une maigre consolation pour ces voyageurs sincères à la quête du sud extrême. Une jeune hollandaise enfonce le clou : « la ville qui vend un mythe n’est pas la plus australe. Puerto Williams sur l’île de Navarino se situe encore plus près de l’Antarctique, non loin du Cap Horn. Cette bourgade n’a pas su promouvoir sa position géographique et demeure en retrait par rapport à Ushuaia ». Car Ushuaia a intelligemment su mettre à profit sa situation géographique originale pour construire et vendre un mythe au monde entier. Un mythe relayé en France par l’émission télévisée de Nicolas Hulot – les touristes français sont d’ailleurs omniprésents dans la ville. En moins de dix ans, le mythe du bout du monde a permis à Ushuaia de retrouver le sourire et de maintenir son attractivité économique aux yeux de la population argentine désœuvrée.  « Il n’ y pas de chômage ici » me confirme un chauffeur de taxi de Mendoza qui a tout quitté pour venir vivre ici. Un luxe dans un pays qui, trois ans après, ne s’est toujours pas remis de la crise économique la plus violente de son histoire. Et tant pis si nos rêves d’aventures se brisent sur un mythe au rabais. Les merveilles de la nature patagonne viendront vite nous faire oublier notre halte superflue à UshuaiaLand. 



« Notre » PACS – Interview de César Cigliutti, Président de la Comunidad Homosexual Argentina (publié dans Illico – Juillet 2005)
4 juillet, 2005, 14:46
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,Illico

En 2003, Buenos Aires devient la première ville d’Amérique du Sud à reconnaître légalement les couples homos. Pour Illico, César Cigliutti, Président de la CHA (Comunidad Homosexual Argentina), mouvement homosexuel à l’origine du texte de loi, revient sur cet événement sans précédent en Amérique Latine. 

Que permet l’actuel texte d’Union civile en vigueur dans la ville de Buenos Aires ? 

L’Union Civile est une figure juridique en grande partie calquée sur le PACS français. Comme votre PACS, il est ouvert aux couples homos et hétéros. Il légalise une union à caractère laïque conclue entre deux personnes indépendamment de leur sexe ou de leur tendance sexuelle. Il apporte aux bénéficiaires une plus grande stabilité juridique et certaines prérogatives dont la plus importante est la protection sociale. Mais c’est surtout le poids symbolique de cette mesure qui compte pour nous. Cette loi municipale a eu un impact positif et national sur l’acceptation des homosexuels dans une société ou le catholicisme est encore religion d’Etat.    

Quels souvenirs gardes-tu du vote ? 

Le vote a eu lieu en 2003, lors de la dernière session parlementaire de l’année. Plusieurs élus ont essayé de retarder le débat afin de reporter le vote à l’année parlementaire suivante. Nous avions en tête l’échec du premier débat sur le PACS en France et nous craignions un absentéisme qui aurait été fatal au bon déroulement du vote. Nous avons donc décidé de faire signer un engagement à chacun des élus afin qu’il promette de rester dans l’hémicycle jusqu’au moment du vote. Les débats ont commencé à 14h00 mais le vote final a eu lieu à 5h du matin ! La presse du monde entier était présente. Le lendemain, le projet faisait les gros titres de toute la presse argentine. Pour la première fois, les couples homosexuels obtenaient une reconnaissance légale en Amérique du Sud. 

Comment avez-vous contenu la forte opposition de l’Eglise  au projet ? 

Nous avons décidé d’ancrer notre discours dans le seul domaine des droits civils. Notre projet était une réponse à un vide juridique qui créait de fortes injustices sociales. Nous avons mis en avant des cas extrêmes d’injustice afin de convaincre l’opinion publique de la nécessité de cette réforme. En enracinant ce projet dans une problématique civile et juridique, nous avons fortement réduit l’espace d’expression et d’indignation de l’Eglise catholique. 

Quelles sont les prochaines étapes de votre combat 

Nous travaillons actuellement sur un nouveau projet de loi, à application nationale cette fois-ci. Ce projet est beaucoup plus ambitieux que le texte actuel. Il contient 134 articles contre 10 dans le texte en vigueur ! Quelles sont les grandes lignes de ce projet de loi ? 

Il prévoit notamment l’adoption par des couples de même sexe. Il devrait également apporter un ensemble de nouveaux droits, comme une pension de veuvage pour le partenaire survivant par exemple. Il facilitera également les démarches de transmissions de biens et d’héritages au sein des couples homosexuels. Afin de préparer le terrain au débat, nous avons fait appel à plusieurs grands psychologues argentines indépendants qui nous ont aidé à réaliser un rapport qui légitime l’adoption par les couples de même sexe. Nous avons également obtenu le soutien de nombreux juristes reconnus au niveau national. Si ce projet aboutissait, il ferait de l’Argentine l’un des pays les plus « gay-friendly » de la planète ! 


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