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FICTION TOURISTIQUE : JULES ET JIM… À BUENOS AIRES (publié dans GUS nº39 « Good Fortune »)
23 février, 2008, 15:28
Classé dans : Argentine,Buenos Aires,Gay,gay Buenos Aires,GUS

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Le beau sourire du douanier de l’aéroport d’Ezeiza m’a déja fait oublier les quatorze heures de vol qui viennent de nous déposer au pays des gauchos, du tango et d’Evita. 

J’y vois un bon présage sur ce qui nous attend durant notre séjour argentin. En plein mois de novembre, nous quittons l’aérogare en tee-shirt. C’est notre première virée dans l’hémisphère sud. Direction, l’hôtel Axel, le nouvel hôtel « heterofriendly » qui, après le succès de la version catalane vient d’ouvrir ses portes à Buenos Aires, dans le quartier historique de San Telmo. L’hôtel est un curieux mélange de verre et d’acier qui valorise les reflets et la transparence. Une ambiance propice aux échanges et aux rencontres. Nous découvrons notre chambre, assez petite, mais moderne et très confortable. Elle a une vue imprenable sur la piscine du patio et sur trois mecs qui barbotent et qui plaisantent dans une langue que je ne comprends pas. « C’est du brésilien » me dit Jim. Buenos Aires n’est apparemment pas à la mode qu’en Europe. C’est aussi une des destinations favorites des paulistes qui veulent fuir pour un week-end l’enfer urbain de Sao Paulo. Ils nous font signe de les rejoindre. « On aura bien le temps de sympathiser » s’agace Jim, impatient d’aller découvrir la ville.

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On saute dans l’un des innombrables taxis jaune et noir qui rythment la ville, direction Palermo, le quartier ou se concentrent restaurants, bars et magasins de fringues branchés. Le petit plateau repas aseptisé d’Air France est déjà un lointain souvenir. Nous nous installons sur la petite terrasse du « Miranda », une « parilla » (1) (prononcer « paricha » en Argentin) au design moderne et aéré située en plein cœur de Palermo Hollywood, histoire d’éprouver le fameux mythe de la viande argentine. Examen réussi. Les steaks sont énormes et incroyablement tendres. « Le secret de notre viande, c’est un bétail élevé au grand air et une cuisson sur une grille lentement chauffée depuis le matin » nous explique Diego, notre charmant serveur.  Nous passons le reste de l’après-midi à flâner dans Palermo, qui aligne d’énormes maisons multicolores du début du siècle transformées en boutiques de design ou en cafés branchés. Nous sommes au cœur du Buenos Aires bobo. Jim s’étonne de la beauté des argentins que nous croisons au cours de notre ballade. Un mélange de sang espagnol, italien, allemand, polonais et amérindien qui donne des résultats détonants. Comme en Italie, les mecs se regardent, se jaugent, se comparent. Hétéros ou homos, ici, on ne fuit pas le regard de l’autre, on le cherche, on l’intercepte, on le capture. Le soleil tombe sur la plaza Cortázar, la place principale de Palermo Viejo ou se mêlent artisans hippies, étudiants branchés et voyantes gitanes. Nous rentrons à l’hôtel, histoire de reprendre des forces avant la longue nuit qui nous attend.  C’est que Buenos Aires, fière de son héritage espagnol, a repris à son compte le rythme des nuits ibériques : ici on dine à 23h00 et on évite si possible de se pointer en boite avant 02h00 du matin… Malgré mes quelques kilos superflus, je suis bien décidé à essayer la piscine couverte de l’hôtel, située au dernier étage du bâtiment. Sa particularité intimidante : le fond du bassin est en verre transparent. Ou comment devenir en une seconde le sujet de conversation de tous les clients de l´hôtel qui vous matent depuis les étages inférieurs… Après une courte sieste, on se dirige à pieds vers l’ancienne zone des docks qui connait un boom immobilier sans précèdent, Puerto Madero. Les vieux bâtiments de brique qui longent le canal central abritent désormais les appartements les plus chers de la ville. C’est à Puerto Madero que se trouve l’hôtel Faena, palace cinq étoiles réfugié dans un magnifique bâtiment industriel entièrement décoré par Philippe Starck. Un long couloir en parquet nous mène vers le « Library Lounge », le bar de l’hôtel, au style Belle Epoque. Nous restons ébahis par les lustres en cristal imposants et prenons place sur un canapé Chesterfield châtaigne. Tout le Buenos Aires chic semble se retrouver ici. Nous sommes probablement assis parmi quelques stars locales qui pour nos yeux étrangers ne sont que des inconnus friqués. Quelques touristes moyens comme nous semblent également profiter du taux de change hyper favorable pour venir prendre un verre dans cet écrin de brique et oublier pour un instant leur 35 m2 à Boulogne. faenaentrance.jpg

Retour à Palermo, direction « Chueca », le resto/bar incontournable de la scène gay porteña. C’est l’un des rares lieux gays de la ville à avoir pignon sur rue et à assumer totalement le style de sa clientèle. L’endroit est moderne et plutôt obscure. Un joli serveur (Français !) nous accueille et nous guide vers une petite table dans un coin de la salle. Un détail, Chueca fait le plein tout les week-ends pour ses fameux shows de drag-queens. « Un spectacle de drag-queens…pfff… complètement dépassé » grogne Jim, sceptique. En attendant, les plats sont copieux, le service est impeccable et nos voisins de tablée (des Argentins de Córdoba) sont charmants. Ils nous rassurent sur l’ambiance du lieu et sur le fameux spectacle. Et ils font bien. Loin des traditionnels playbacks de Barbra Streisand ou Cher, le spectacle est une succession de sketches, parlés ou musicaux, teintés d’autodérision. Les gens sont hilares, y compris Jim, qui ne comprend pas un mot d’espagnol. Le spectacle terminé, nous passons au premier étage où se situe le bar qui a déjà été pris d’assaut par la faune locale. Le vin de Mendoza commence à faire effet et me voilà en train de sonder un petit groupe de mecs, dans un espagnol approximatif mais fluidifié par l’alcool, sur le meilleur endroit pour poursuivre la soirée. « A Alsina, évidemment » me glisse Marcelo, le plus mignon d’entre eux. Nous embarquons dans un taxi avec nos nouveaux amis, direction Alsina, donc. L’endroit est une institution de la vie nocturne de Buenos Aires. Il vaut à lui seul le détour. Un magnifique bâtiment industriel du dix-neuvième siècle aménagé sur trois niveaux, décorés de rideaux de velours rouge, d’immenses miroirs et de lustres grandioses. Les argentins en sont très fiers. En y réfléchissant, je me dis que Paris n’a pas de lieu comparable… La musique, un peu décevante est compensée par l’ambiance festive et par la quantité de bombes qui s’agitent sur le parquet lumineux. Marcelo avait raison, Alsina était le bon choix. Pour le remercier du conseil, nous l’invitons à connaitre l’hôtel Axel. Il accepte. Nous rentrons à l`hôtel à pied, grisés par la lumière rose du matin sur San Telmo et par le moment qui nous attend une fois arrivé à la chambre. 

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Samedi matin, 11h00. Jim me réveille. « Il est tôt mais notre temps est compté dans cette ville » s’excuse-t-il. On grimpe dans un taxi, direction Recoleta, le quartier le plus chic de la ville, qui se caractérise par son architecture haussmannienne. C’est cette zone qui confère à la ville son surnom de « Paris d’Amérique du Sud ». Sur l’avenida Alvear, se concentrent d’immenses manoirs du siècle dernier et les boutiques les plus chics de la ville. Au bout de l’avenue, se trouve le cimetière de Recoleta qui abrite la discrète tombe d’Evita Perón, la femme du peuple et des opprimés paradoxalement enterrée au cœur du quartier le plus riche de la ville. La faim nous fait passer une discrète porte-cochère qui nous conduit vers Milión, un des restaurants les plus originaux de la ville. Son cadre, une magnifique maison bourgeoise construite en 1912 qui appartenait à une richissime famille allemande immigrée. Parquets, mobilier, plafond, tout a été conservé en l’état. Le restaurant, à la carte réduite mais originale, s’étend à toutes les salles de l’édifice. Le soir, des D.J. mixent en live, et l’endroit se transforme en before apaisant. Le jardin est un petit oasis de verdure au cœur du tumulte porteño. Le reste de l’après-midi, nous le passons à l’hippodrome de la ville ou se déroule comme chaque printemps l’Open de Polo, un tournoi, qui loin d’être populaire (Sarah Ferguson en est une assidue spectatrice), consacre un sport beaucoup moins élitiste qu’en Europe. Les tribunes sont remplies, quelques chapeaux bien sur, mais surtout beaucoup de jeunes de classes moyennes et de gauchos amateurs de polo. Jim est fasciné par la beauté des chevaux, moi je le suis davantage par ceux qui les montent. Et je me dis que le Prince Charles était décidément un bien pauvre ambassadeur pour ce sport…

Samedi soir. Diner léger et succulent chez Thymus, petit restaurant discret qui occupe l’ancienne maison du sculpteur argentin Martín Vergara. Le menu est original et met en avant la fusion des saveurs. Magret de canard à la crème de mais et au vinaigre de canne pour Jim, truite de Patagonie au bouillon d’orange et poivre vert pour moi. Nous sommes d’attaque pour sortir. Direction Pachá, LA boite électronique de Buenos Aires. Le club ressemble à un grand yacht blanc. Il se trouve sur la Costanera, au bord du Río de la Plata (fleuve immense qui sépare l’Argentine de l’Uruguay). La boite est pleine à craquer. Public mixte et jeune, provenant essentiellement des banlieues aisées de la Zone nord. Outre ses trois salles, la boite possède un dancefloor extérieur et plusieurs terrasses qui communiquent entre elles, toutes avec vue sur le fleuve. La qualité du son est exceptionnelle. Je prends Jim par la main et le conduit droit vers la zone gay (la mixité a des limites). Beaucoup de mecs, la trentaine, lunettes noires sur le nez et épaisse chaine en acier autour du cou. Une particularité du lieu, par respect pour le public féminin, il est interdit… de retirer son tee-shirt ! Jim est frustré de ne pouvoir montrer son kit tout muscle, moi je suis ravi de pouvoir dissimuler mes poignées d’amour. Quand on vous dit que la mixité a du bon ! On termine la soirée sur la terrasse, réchauffés par le lever de soleil sur le fleuve.

Pour notre dernière matinée à Buenos Aires, nous flânons dans les rues pittoresques de San Telmo. Chaque dimanche, le quartier s’anime et accueille musiciens, chanteurs et danseurs de tango. La petite plaza Dorrego devient un grand marché d’antiquité à ciel ouvert et attirent des centaines de badauds à la recherche de leur passé. Nous faisons une halte rapide dans le Pride Café, un bar à l’ambiance conviviale où touristes et locaux viennent bavarder autour d’un café. Puis reprenons notre marche sur Defensa, magnifique rue pavée fermée à la circulation et réservée aux stands d’artisans et au théâtre de rue. Mais le temps file et il nous faut déjà penser au départ. Direction, les grands glaciers de Patagonie. Nous quittons la ville à regret. « Bah, on revient pour quelques jours dans une semaine » se console Jim. Moi, je me dis que j’y passerais volontiers le reste de ma vie.

(1) : restaurant de viandes grillées, les « parillas » sont une institution dans tous le pays.

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