Le blog d’info d’Hervé Segata
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LE BRESIL, EN ROSE… ET NOIR (paru dans PREF Mag nº10)
3 octobre, 2006, 5:02
Classé dans : Gay,gay brasil,PREF

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Plus de 2 millions de personnes à la Gay Pride 2005 de Sao Paolo. Des dizaines de milliers de gays et lesbiennes qui se pressent chaque année sur les plages de Rio de Janeiro. Plus au sud, l’Ile de Florianópolis a depuis peu intégré le cercle restreint des destination gays en vogue. Le Brésil, terre promise pour les homos ? Pas si sur. Car derrière ces cartes postales gay-friendly, se cache une réalité sociale qui est loin d’être aussi « rose ». 

 

Le contraste entre le sud du Brésil, moderne et relativement ouvert, et le nord du pays, pauvre et traditionaliste, est frappant. Au nord, les homosexuels sont encore fortement marginalisés. Des actes de violence homophobes sont régulièrement commis. Luciano, jeune gay de 27 ans, vit à Rio Branco, ville de 200 000 habitants plantée au cœur de la forêt amazonienne. On est bien loin de l’ambiance survoltée et mondialisée des plages carioca. « L’acceptation des homos se fait par l’information et l’éducation. Dans une ville pauvre et reculée comme la notre, les homos souffrent de graves préjugés nourris par l’absence d’informations et le poids de la religion » explique-t-il. Un seul bar gay dans la ville. « Je n’y vais jamais. L’ambiance est glauque, la clientèle, bourrée d’homos stéréotypés ou de prostitués » ajoute-t-il. Ici tout mes amis rêvent de pouvoir s’installer dans une ville du sud du pays. « Si j’avais les moyens, je mettrais les voiles pour Porto Alegre ou Florianópolis, des villes ou être gay ne pose plus aucun problème ». 

Rio de Janeiro, Octobre 2007. Photo M.M.M.

Au nord comme au sud, le poids de la religion est encore immense. Pas seulement celui de l’Eglise catholique, sinon d’une multitude d’églises protestantes farouchement anti-gay. La plus célèbre, Assembleia de Deus, qui compte plus de 8 millions de fidèles, propose un morbide programme de reconversion à l’hétérosexualité. Pour beaucoup d’homosexuels brésiliens, le lobbying actif de l’Eglise au sein des institutions politiques du pays est le principal facteur qui retarde l’instauration d’une loi sur l’union civile pour les couples de même sexe. Les pressions religieuses sont extrêmement fortes au Parlement fédéral de Brasilia. A tel point que le texte de loi sur l’union civile, proposée dans le milieu des années 1990 par Marta Suplicy, ex-maire de Sao Paolo, n’a jamais été débattu en session parlementaire. Face à ce vide juridique, de plus en plus de juges rendent néanmoins des décisions de justice favorables aux couples homosexuels. Mais ces décisions ponctuelles, souvent médiatisées, n’auront jamais l’impact d’une loi nationale. Et le slogan égalitaire et idéaliste « Brasil, um pais de todos »[1], déniché et martelé par l’administration Lula depuis son arrivée au pouvoir est encore loin d’être une réalité aux vues du traitement des minorités sexuelles dans le pays. 

L’heure est pourtant à l’optimisme. Indéniablement, les choses s’améliorent. «Au Brésil, tout ce qui se passe au sud, finit toujours par influencer le nord » nous explique Marcio, jeune juriste gay de Porto Alegre. Autrement dit, le vent de liberté qui souffle sur les mégalopoles du sud pourrait à terme atteindre les zones plus reculées du Nordeste brésilien.  dsc00711.jpg

Un vecteur clé dans l’ouverture progressive des mentalités au Brésil : la presse. Les titres les plus importants du pays soutiennent vigoureusement la communauté homosexuelle du pays. Veja, premier hebdomadaire lusophone et quatrième magazine le plus lu au monde, offre une visibilité régulière aux revendications des gays et lesbiennes. Et G Magazine, la revue gay la plus populaire du pays compte autant de lecteurs que le mythique Play Boy (plus de 100 000 chaque mois !). Mais l’exemple le plus parlant, c’est probablement l’apparition de personnages ouvertement homosexuels dans les sacro-saintes telenovelas. Une bonne nouvelle quand on sait que ces feuilletons à l’eau de rose rassemblent chaque soir des dizaine de millions de foyers brésiliens toute origine sociale et raciale confondue. De récentes études audimat ont même montré que l’acceptation du public envers ces personnages « hors normes » étaient excellentes. De quoi nous encourager à fêter le Brésil cette année ! 


[1] « Le Brésil, un pays pour tous »

Photos : Marcos Matos Maciel, 2007.

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